Tout le monde s’accorde pour estimer que le montant de la dette publique et surtout son évolution sont préoccupants. Le montant total de la dette avoisine les 3600 milliards, soit environ 120% du Produit intérieur brut, c’est à dire 20% de plus que la production d’un an. Les taux d’intérêts montent partout dans le monde, Ils viennent de dépasser les 5% en France. La croissance économique est très faible et inférieure aux taux d’intérêt qu’il faut consentir pour financer ce déficit. Sur cette lancée la France ne peut que s’appauvrir. Mais d’où vient le déficit ?

Le déficit public
Un budget est en déficit quand les dépenses sont plus importantes que les recettes. Si l’on veut comprendre d’où vient ce déficit il faut analyser ces deux éléments et surtout leur évolution. Quand les dépenses publiques dépassent les recettes, l’État emprunte pour combler la différence et la dette augmente. Le déficit s’est installé en France dans les années 1970 pour arriver jusqu’à dépasser 5% du Produit Intérieur Brut en 2026. La dette était de 64% de la richesse nationale en 2007. Le Fonds Monétaire international (FMI) prévoit qu’elle dépassera les 123% en 2030. La dette est de 1200 milliards d’euros de plus qu’avant la Covid. Le pouvoir actuel est responsable au moins du tiers de la dette.

Les dépenses
Certains prétendent que l’État providence est trop généreux. La France doit faire face à une situation démographique déclinante. Le vieillissement de la population et la baisse des naissances, font que nous ne pouvons plus avoir des dépenses sociales aussi importantes. Nous vivons au-dessus de nos moyens. Il faut donc réduire notre train de vie au niveau social. Pour faire face à ce déséquilibre, pas assez d’actifs pour financer les retraites, la solution s’impose, il faut réduire le coût des retraites qui représente la plus grande part du déficit. C’est une explication simple qui peut sembler évidente mais qui est surtout trompeuse. En décortiquant les postes de la dette on arrive à relativiser ce jugement.

Selon le Conseil d’orientation des retraites (COR) le système des retraites reste proche de l’équilibre. L’inquiétude concerne surtout l’avenir. Depuis huit ans et jusqu’en 2025 les administrations de sécurité sociale affichent des excédents à l’exception des deux années de Covid. L’essentiel de la dette publique est porté par l’État selon les sources INSEE et FMI présentées par Alternatives économiques (revue en ligne).
Pour faire baisser le coût du travail les pouvoirs publics ont exonéré les employeurs d’une part des cotisations sociales et ont pioché dans le budget de l’État pour compenser la sécurité sociale. A partir de 2026, les exonérations générales ont été évaluées à 55 milliards d’euros par an. Si on ajoute les exonérations ciblées on dépasse les 88,4 milliards. La prime d’activité pour compenser la modération salariale est une aide financière sans contribution des employeurs dont le coût public en 2024 est de 10,6 milliards d’euros.

A l’occasion du budget 2026, la commission sénatoriale sur l’utilité des aides publiques aux entreprises évalue le montant de ces aides à 211 milliards d’euros en 2023. La commission a dû évaluer elle-même le montant des aides car aucun service de l’État n’a été capable de le faire. Aussi paradoxale que cela paraît le ministère de l’économie ne comptabilise pas ces aides car elles sont trop diverses. Le rapport du Sénat précise qu’il additionne aides directes, allègements fiscaux, allègements de cotisations sociales mais en excluant les aides des collectivités locales et les aides européennes. Donc le montant est probablement plus élevé. Non seulement l’État est incapable d’en chiffrer précisément le montant mais ces aides ne font l’objet d’aucun suivi. Le montant établi pat la commission sénatoriale a été contesté au prétexte qu’il additionne des mesures très différentes. En aides directes il y a plus de 100 milliards d’aides de l’État sans que l’efficacité économique en soit établie.
Les recettes
Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE -organisme indépendant de prévision, de recherche et d’évaluation des politiques publiques) entre un tiers et la moitié de l’augmentation de la dette publique depuis 2017 s’explique par des coupes dans les recettes :

.La taxe d’habitation a été supprimée.
. L’impôt sur le revenu a été allégé.
. La fiscalité du capital a été réformée (ISF et flat taxe).
. Les exonérations de cotisations sociales (baisse des recettes de la sécurité sociale) ont été augmentées.
. Les impôts de production ont été baissés.
. L’impôt sur les sociétés a été réduit.
Les baisses des prélèvements obligatoires et les cadeaux fiscaux en faveur des plus aisés ont fortement contribué au déficit public actuel.
Évolution de la dette
La responsabilité de la dette n’est pas imputable uniquement au pouvoir actuel. Depuis plusieurs années le budget de la France est déficitaire et la dette s’accroit inexorablement. Certaines dépenses exceptionnelles en réponse à des crises ont contribué à creuser le déficit : la crise des « subprimes » en 2008, les attentats islamistes de 2015, la crise des gilets jaunes en 2018, la guerre en Ukraine depuis 2022, la guerre au moyen orient depuis 2025. Ces évènements extérieurs n’étaient pas compensés par des recettes, l’État les a payées à crédit. S’ils ont contribué à la dette, ils ne sont qu’une petite partie de l’explication.

Ces crises n’ont pas de frontières, la dette française a autant augmenté que celle du Royaume uni et moins que celle du Canada ou de la Finlande. En 2025 la dette rapportée au PIB affichait 146% en Grèce, 137% en Italie et 126% aux États unis. L’endettement public est un sport mondialisé.
Le déficit public est le résultat de la politique économique
La situation budgétaire est le résultat de la politique économique menée depuis plusieurs années. Elle est le fruit de choix politiques et n’a rien d’inévitable. Avant même son élection le Président de la République avait annoncé son projet de rénovation de la vie politique dans son fonctionnement comme dans sa stratégie économique. Dans la réalité, les politiques n’ont pas été nouvelles mais elles ont consisté à accentuer les recettes éculées régulièrement utilisées par les gouvernements depuis plusieurs décennies.
Offre ou demande
Depuis plusieurs années le débat se polarise entre partisans d’une politique de l’offre et partisans d’une politique de la demande. Les premiers sont souvent promoteurs d’une politique d’austérité pour juguler l’inflation et préserver la compétitivité du pays. Les seconds sont souvent favorables au soutien de l’activité économique par des mesures favorables à l’accroissement de la demande intérieure. Dans une économie de marché l’offre et la demande interagissent, ce qui permet de stimuler l’activité économique. Mais il est possible de stimuler d’avantage l’une que l’autre.
Une politique de l’offre très libérale
Les deux derniers quinquennats se sont inscrits dans la voie d’une politique de l’offre particulièrement libérale. Les principaux instruments ont consisté en des baisses de fiscalité du capital avec l’espoir que cela stimulerait l’investissement, et in fine l’emploi. En même temps a été engagée la diminution des protections des travailleurs vues comme des freins à l’entreprenariat. L’idée qui sous-tend cette politique est que les processus de marché fonctionnent bien et que la mission des pouvoirs publics consiste seulement à mettre de l’huile dans les rouages. En complément des mesures sont prises dans le but de faire baisser le coût du travail en faisant prendre en charge par l’État une part du salaire des travailleurs du privé à la place des employeurs

La restauration de la compétitivité de l’économie française, en particulier de l’industrie, et son adaptation à la concurrence ouverte est un diagnostic que l’on peut partager. Le besoin d’une politique de l’offre visant à soutenir l’outil de production est nécessaire. Limiter cette politique uniquement à une plus grande flexibilité du marché du travail relève d’une vision purement idéologique plus que d’une vision objective. La recherche, l’innovation, les difficultés de financement des entreprises, l’adaptation à la globalisation de l’économie et la nouvelle répartition du travail au niveau mondial sont des facteurs plus importants que la prétendue trop grande rigidité du marché du travail.
La demande est un facteur important de soutien à l’activité économique. Les partisans de l’austérité oublient que cela ne fera qu’affaiblir la demande et accroitre en bout de course le déficit public. La politique économique ne peut être qu’un subtil équilibre entre politique de l’offre et politique de la demande selon les circonstances et l’environnement. L’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, n’a rien dit d’autre lorsqu’il a affirmé que « la politique monétaire ne peut pas tout et qu’un soutien à la demande globale européenne doit accompagner les politiques de l’offre ».

Échec de la politique menée depuis dix ans
La politique menée depuis dix ans est un échec. Le déficit public s’est accru. Il a été grossi par des dépenses qui n’auraient pas dû être assumées par l’État, et parallèlement par des baisses inconsidérées des recettes en direction des plus aisés. Certes cette politique a entrainé une baisse du chômage qui est incontestable. Entre 2015 et le premier trimestre 2023, son taux est passé de 10,5% à 7,1%. Depuis il est reparti à la hausse et l’objectif du plein emploi s’éloigne de nouveau. De nombreux emplois ont été créés mais de piètre qualité, dans des secteurs où les rémunérations sont faibles et dans lesquels les gains de productivité sont limités. La progression de l’emploi ne s’est pas accompagnée d’une hausse équivalente de la richesse produite. L’augmentation du nombre d’emplois s’est accompagnée de celle du nombre de travailleurs pauvres ou très faiblement rémunérés. En 2024, 8,5% des personnes en emploi vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 6,9% en 2020. Une politique très couteuse pour un résultat bien décevant.

L’État s’est substitué aux entreprises
L’État s’est substitué aux entreprises pour prendre en charge une partie du coût du travail et dans le même temps les recettes publiques ont été durablement réduites. Le déficit de l’État n’est pas seulement la conséquence d’un excès de dépenses sociales, Il traduit une transformation du mode de financement du travail et du partage de la valeur. Les entreprises doivent verser des salaires qui permettent de vivre et cesser de faire reposer sur les finances collectives ce qu’elle ne veut assumer elle-même.
La question n’est donc pas seulement : comment réduire le déficit ? Mais comment faire en sorte que chacun assume de nouveau sa part ?
L’objectif premier de toute société démocratique est d’améliorer le sort de tous. Le bien-être de tous au niveau national comme au niveau international doit être le guide de toute action individuelle et collective.
Les inégalités s’envolent

Les dernières statistiques publiées par l’Institut national de la statistique publique (INSEE) montrent un accroissement record des écarts de richesse. Sont en cause, les effets de l’inflation et des politiques publiques anti-redistributives du gouvernement. La pauvreté en 2023 n’a jamais été aussi importante en France depuis qu’on la mesure de cette façon, c’est-à-dire depuis 1996. Le taux de pauvreté a culminé cette année-là à 15,4% soit un pourcent de plus que 2022. Jamais le nombre de personnes pauvres n’avait été aussi élevé et jamais autant de personnes n’avaient basculé dans la pauvreté en un an. A l’inverse les riches ne connaissent pas la crise. En 2023, les 20 % les plus modestes ont perçu 8,5 % de la somme des niveaux de vie et les 20 % les plus aisés 38,5 %, soit 4,5 fois plus.
La confiance aveugle dans le marché

La confiance aveugle dans « le marché » pour assurer l’équilibre économique et le bien-être du plus grand nombre a fait la preuve de son inefficacité. Ce dont nous avons besoin c’est d’un État stratège qui planifie, régule et oriente l’activité économique dans le sens de l’intérêt commun, d’un État qui assure notre souveraineté économique et politique. D’un État qui prépare et organise l’adaptation de notre économie à l’évolution du monde. D’un État libéré du courtermisme qui réfléchit sur le long terme. Pour cela l’État doit recentrer son intervention sur ce qui relève de sa responsabilité : préparer l’avenir, investir dans la transition écologique, accompagner la révolution numérique et garantir la cohésion sociale.
Retrouver le sens de l’humain

Nous venons de vivre ces dernières années une grande transformation qui a conduit au capitalisme financier. C’est ce que l’on a appelé la financiarisation de l’économie. Le pouvoir économique a été capté par une minorité d’acteurs de la finance et de firmes multinationales sous la coupe de grands actionnaires, un capitalisme d’actionnaires dont le but principal est d’augmenter la rentabilité pour les actionnaires sans que cela ait un sens économique. Ils sont parvenus à imposer leurs vues aux politiques. Ils ont imposé la dérégulation, le libre-échange, les paradis fiscaux, les niches fiscales, la forte réduction de la progressivité de l’impôt, les privatisations des services publics, la réduction de l’intervention de l’État dans l’économie, sauf pour les subventions sans contrôle.
L’économie a toujours été une activité multidimensionnelle mettant en relation les individus, la société et la nature. Elle est condamnée à retrouver sa vraie nature d’activité finalisée par la satisfaction des besoins humains en transformant aussi efficacement que possible, à cette fin, les milieux physiques ou vivants sur lesquels se développe la vie des hommes.
Retrouver le sens de l’humain est un enjeu majeur pour dépasser presqu’un siècle d’aliénation néo-libérale.
bibliographie
Faut-il avoir peur de la dette ?. (article du 25/10/26) Alternatives économiques revue en ligne
L’économie politique – revue trimestrielle- n°112 – novembre 2026
« Un capitalisme devenu fou » de Alain Minc et Guillaume Erner – 2026 – Flammarion
































































































L’Ukraine refuse la capitulation munichoise.