Visite du pape

Le pape Léon XIV, un an après son élection, à l’invitation du Président de la République, sera le premier pape à faire un vrai voyage en France du 25 au 28 septembre, depuis le dernier séjour de Benoit XVI en 2008.

Le souverain pontife américain, né à Chicago, a une grand-mère paternelle d’origine française et d’autres liens avec la France du côté maternel. Il se rendra d’abord à Paris, où il devrait, comme à son habitude, célébrer une messe. Il y visitera l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Il se rendra ensuite à Lourdes le 27 et à Metz le 28.

Le programme est vertigineux : réception à l’Élysée, Unesco, vêpres à Notre-Dame, gigantesque veillée au Stade de France, messe place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, Lourdes, puis Metz. Le site officiel du déplacement papal ne dissimule d’ailleurs rien : il s’agit bien d’un « voyage apostolique » et quatre de ses principaux rendez-vous sont explicitement cultuels.

Le président de la République lui-même a annoncé que cette visite serait « un honneur pour notre pays, une joie pour les catholiques et un grand moment d’espérance pour tous ». Pour tous ? De quel droit assigne-t-on les athées, les agnostiques, les protestants, les Juifs, les musulmans, les bouddhistes ou les simples indifférents à cette espérance pontificale ?

La France est une République laïque et une société puissamment sécularisée et majoritairement indifférente aux religions. 2 à 3 % des Français fréquentent régulièrement un lieu de culte catholique. Il y a donc quelque chose de singulier à voir une société aussi profondément déchristianisée soudain présentée, à l’approche d’une visite pontificale, comme si elle brûlait collectivement d’impatience spirituelle et avait troqué la liberté de conscience contre une excitation médiatique papolâtre !

Cette visite intervient dans un moment de retour des affirmations religieuses. Depuis plusieurs décennies, l’islamisme cherche précisément à déplacer la frontière patiemment établie entre le religieux, le politique et l’espace commun. Il revendique visibilité, dérogations, normes particulières, reconnaissance communautaire et, derrière la liberté religieuse, qui lui sert souvent de paravent, une capacité croissante de la religion à peser sur la vie collective.

En réponse le catholicisme semble se mettre à son tour à réclamer sa part du territoire symbolique en disant, en substance « puisque les autres affichent leur religion, affichons la nôtre ; puisqu’ils revendiquent, revendiquons ; puisqu’ils occupent l’espace, réoccupons-le ». Ce serait passer de la laïcité à la foire aux religions.

À l’offensive islamiste, certains semblent ainsi vouloir répondre par une sorte de réarmement identitaire chrétien. C’est un piège redoutable. Car les cléricaux se nourrissent mutuellement. Chacun peut désigner les privilèges ou les exigences de l’autre pour légitimer les siens. Les musulmans fondamentalistes invoqueront la messe géante des Champs-Élysées pour justifier demain telle occupation cultuelle spectaculaire ; les catholiques identitaires invoqueront les revendications islamistes pour réclamer la restauration des « racines chrétiennes » dans l’action publique. Et tous deux auront intérêt à faire disparaître du débat ceux qui les gênent, la majorité des Français, les citoyens libres de toute appartenance communautaire.

Que le pape vienne en France, que les catholiques l’acclament, que la République le protège et le reçoive avec tous les égards dus à son rang, mais que la Nation ne soit pas sommée de se transformer en paroisse géante. La République assure la liberté des cultes. Elle n’a pas à communier. 

Il est étonnant que nos parlementaires restent silencieux alors que la messe papale prévue place de la Concorde (!!!) colonisera leur quartier. Beaucoup de journaux traite de la visite du pape comme s’il s’agissait d’une vedette ou d’une rock star. un seul quotidien se demande si le choix de la Concorde est bien raisonnable.

La place de la Concorde, ancienne place de la Révolution, transformée en grande messe publique. Des incantations religieuses vont résonner à l’endroit précis où nous avons mis fin à des siècles de monarchie de « droit divin ».

Le voyage du pape s’achèvera dans la ville de Metz par une rencontre interreligieuse, une séquence consacrée à l’Europe, puis une messe à la cathédrale Saint-Etienne. Cette ville se trouve en Moselle sous le régime local des cultes, celui du Concordat, survivance historique, où quatre cultes y sont reconnus et où leurs ministres sont rémunérés par la puissance publique. C’est une dérogation explicite au principe posé par l’article 2 de la loi de 1905 selon lequel la République « ne reconnait, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ».

La visite du pape en France, à l’instigation de la conférence épiscopale de France, se termine à Metz. Ce choix ne peut pas être dissocier de la volonté de consolider le Concordat. Tous ceux qui veulent pérenniser cette exception, voire en faire la règle dans notre pays, ne manqueront pas d’exploiter la puissance symbolique de cette visite.

Le Concordat n’est pas une simple particularité régionale c’est une anomalie qui porte atteinte au principe de l’unité républicaine. L’abrogation du concordat ne peut être que réclamée par les citoyens attachés à ce principe.

Partisan de la défense de notre République démocratique, indivisible, laïque et sociale, je ne peux que regretter la confusion organisée lors de la visite papale entre visite d’État et voyage apostolique permettant au chef religieux de l’Église catholique de tenter d’imposer sa vision de la morale et de la société notamment sur de nombreux problèmes sociétaux et ainsi de porter atteinte à la séparation des églises et de l’État en France.

Auteur/autrice : Maurice

Retraité, diplômé en sciences économiques, j'ai été enseignant, chercheur en sciences sociales, syndicaliste, mutualiste militant, chef d'entreprise d’économie sociale. Depuis mes études je suis intéressé par l'épistémologie en sciences sociales et la pluridisciplinarité. J'ai créé ce blog pour m'exprimer et échanger avec ceux qui le souhaitent.

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