18 000 signatures en 3 jours. Votre mobilisation massive prouve que les citoyens européens ne se laisseront pas intimider par les calculs politiciens du Premier ministre belge, Bart De Wever, les menaces russes et les mensonges sur l’effondrement apocalyptique de l’Eurozone.
le 18-19 décembre, le Conseil européen peut débloquer 140 milliards d’euros pour l’Ukraine, garantis par les avoirs russes gelés. Ou il peut céder au veto belge et condamner l’Ukraine à l’effondrement économique dès le printemps 2026.
Nous avons 15 jours pour faire basculer cette décision.
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Les plus grands experts mondiaux soutiennent cette mobilisation :
Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, balaie les arguments de De Wever :
« Les préoccupations de M. De Wever sont infondées. Compte tenu des graves violations de la Charte des Nations unies et de l’ampleur des crimes de guerre russes, il n’y a aucune chance que la Russie obtienne gain de cause dans un arbitrage. […] Le prêt de réparation n’est pas seulement une question de justice. Il s’agit d’une question de survie. Défendre l’Ukraine, c’est défendre l’Europe. » Tout l’article de Joseph Stieglitz est en pièce jointe.
John Herbst, ancien ambassadeur américain en Ukraine(Atlantic Council), avertit :
« Si l’UE approuvait le transfert des 300 milliards de dollars d’actifs russes gelés vers l’Ukraine, cela donnerait à l’Ukraine une nouvelle ressource économique puissante. Avec un tel soutien, l’armée de Poutine serait non seulement incapable d’avancer, mais pourrait très bien commencer à perdre les territoires qu’elle a déjà conquis.»
Gediminas Šimkus, président de la Banque centrale de Lituanie, tranche sur les risques financiers :
« Si l’Ukraine venait à perdre la guerre, le risque de voir le conflit s’étendre aux pays voisins de l’UE augmenterait considérablement. Un tel scénario ébranlerait la confiance des investisseurs étrangers dans l’euro bien plus que les répercussions de l’utilisation des fonds sanctionnés. »
👉Le message est clair : Le vrai risque, c’est l’inaction.
Pourquoi est-ce si urgent ?
Sans ce prêt garanti par les avoirs russes :
❌ L’Ukraine manquera de financement dès mars 2026
❌ Son économie, déjà amputée d’un tiers, s’effondrera
❌ Elle ne pourra acheter les armes nécessaires pour tenir
En 2024 plus d’un milliard d’adultes sont allés voter dans le monde, aux États Unis, en Inde, au Brésil, au Royaume uni, et dans les 27 pays de l’Union Européenne. Les résultats révèlent des électorats en colère, un mouvement historique de « sortez les sortants ». Une vague de dégagisme qui a pris la forme de procès des élites. La montée continue des mouvements protestataires n’annonçait pas pour 2025 une année du redressement démocratique. L’arrivée de la nouvelle administration étatsunienne a contribué à une aggravation de la situation dans plusieurs endroits du monde.
En Israël
Personne ne peut avoir oublié l’horreur et l’ampleur des massacres commis le 7 octobre 2023 par le Hamas ni contester le droit de l’État israélien à se défendre. Mais après deux ans de guerre la situation a pris une autre dimension.
Le gouvernement de l’État hébreu, dominé par les factions religieuses nationalistes et suprémacistes, soutenu par l’administration américaine, bombarde et affame deux millions de palestiniens épuisés. Les dénominations de génocide, de crime contre l’humanité, de violation du droit humanitaire peuvent être discutés mais la réalité est là. La vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants est en jeu. Un État membre des Nations unies, réputé modèle de démocratie, ne respecte plus aucune des règles internationales, ni aucun principe moral religieux ou humain, pour imposer une solution radicale à la « question palestinienne ».
Jugé depuis 2020 pour corruption, fraude et abus de confiance, le premier ministre israélien n’hésite pas, appuyé par le président américain, à demander une grâce au chef de l’État avant même que le jugement ne soit rendu, grâce qui serait la bienvenue pour lui dans la perspective des élections législatives. Le pouvoir autoritaire est sans vergogne.
En Ukraine
Dès son élection le président américain a modifié son système d’alliance. Il annonce ne plus soutenir l’État Ukrainien et se présente en grand faiseur de paix aspirant à obtenir le prix Nobel de la paix. Il semble plus proche des thèses russes que des positions ukrainiennes. Il place les belligérants sur un même plan oubliant que l’Ukraine est un pays indépendant qui a été agressé par un de ses voisins. Les garanties internationales données à l’Ukraine sur son intégrité territoriale ne sont plus à l’ordre du jour.
Pour inciter le président russe à accepter un cessé le feu, il va jusqu’à lui promettre l’amnistie ainsi qu’à tous ceux qui pourraient encourir des accusations de crimes contre l’humanité. Oubliés les massacres, les destructions massives, les villes entières réduites à l’état de parking, les bombardements de civils, la déportation d’enfants, la russification forcée dans les territoires occupés, le chantage à l’utilisation de sa puissance nucléaire … Accepter l’annexion de territoires en violation du droit international c’est créer un précédent qui pourra être utilisé par d’autres.
Le pouvoir américain n’a pas compris que la Russie veut reconstituer son empire et que rien ne pourra l’arrêter. Il suffit pour cela de lire les discours poutiniens qui n’ont pas changé depuis le départ de l’agression. La Russie a le temps, le mépris de la mort de ses combattants, la masse et pour l’instant les moyens financiers de tenir.
Aux États-Unis
Le président, fort de sa confortable élection, n’hésite pas, en interne, à mettre en cause l’état de droit, expulser massivement les émigrés au mépris de toute règle humanitaire, organiser des camps de rétention, menacer tous ceux qui se sont opposés à lui, à pousser ses soutiens à modifier à leur avantage les règles électorales.
Au niveau international il impose des droits de douane exorbitants, modifie unilatéralement les règles de la diplomatie, pratique l’humiliation de ses interlocuteurs, méprise le droit international, change son système d’alliance, se propose d’annexer des territoires et manifeste le droit d’imposer la paix par la force. Ces exemples ne sont pas exhaustifs.
Le président américain voudrait que la pax americana soit récompensée par des versements du reste du monde de façon à financer ses déficits. Ces soubresauts ne sont-ils pas, en réalité, l’indication que les États Unis sont en train de perdre le contrôle du monde.
La dernière publication de la stratégie de sécurité nationale par la maison blanche prédit à l’Europe un effacement civilisationnel qui sera provoquée par la chute de la natalité, la perte des identités nationales, la répression des oppositions politiques, la censure de la liberté d’expression, l’asphyxie régulatoire, la désindustrialisation et l’immigration. C’est une confirmation du discours du vice-président américain à Munich et l’affirmation du soutien à l’extrême droite européenne.
L’O.N.U.
L’Organisation des Nations Unis a été créée après la seconde guerre mondiale avec l’idée d’éviter le renouvellement d’un conflit mondial. Depuis quelques années cette institution est affaiblie par des membres du conseil de sécurité, États Unis, Russie, et Chine qui privilégient leurs intérêts propres et préfèrent les relations bilatérales au multilatéralisme.
L’envergure mondiale des différentes crises auxquelles nous sommes confrontées rend nécessaire, même si cela apparait complètement utopique, au moins une concertation de l’ensemble des pays de la planète. La réforme en profondeur du seul embryon de gouvernance mondiale existant aujourd’hui, l’ONU, semble indispensable. Il reste la seule institution légitime malgré ses faiblesses pour établir un véritable dialogue et affronter les problèmes qui se posent au monde dans un cadre universel démocratique et rénové.
L’Europe
Au lendemain de la seconde guerre mondiale différents pays européens ont décidé de se regrouper, de s’associer, de se solidariser pour tenter d’éviter de nouvelles guerres et pour, ensemble, peser plus dans les rapports de force mondiaux. Les fondateurs devant la difficulté de l’entreprise ont opté pour la politique des petits pas : d’abord à 6 et, par augmentation successives, pour finir à 27 pays (28- 1) au sein de l’Union Européenne en 2025.
Aujourd’hui le continent européen est le seul qui reste encore plus ou moins fidèle à l’héritage des Lumières, le respect des droits humains, la culture humaniste et la primauté de l’universel sur le différentialisme. Mais les dernières évolutions, avec la montée des identitarismes de tous poils, nous incitent à nous demander pour combien de temps encore.
Face à la réaffirmation des empires, au changement de stratégie de la première puissance politique, économique, technologique et militaire, si l’Europe ne se ressaisie pas en solidifiant son unité et en s’affirmant comme puissance capable d’assurer sa défense sur la scène mondiale, elle risque d’être absorbée par l’un ou l’autre de ces puissants empires. Seul, chaque pays européen ne pèse rien. Ensemble, à condition de laisser les égoïsmes nationaux de côté, ils ont une chance d’être respectés.
Pour conclure
Le chaos du monde est chaque jour en train de s’amplifier. Cela n’a jamais été aussi grave. Cette vision de la situation mondiale n’est-elle pas trop pessimiste ?
Selon Emmanuel Carrère, écrivain, dans la lettre du dimanche du 6 décembre dans la revue numérique « Le Grand Continent », il y a deux façons de voir les choses : une relativement optimiste et l’autre radicalement pessimiste.
Pour les optimistes « l’humanité traverse une phase de chaos tragique et effrayant mais cela lui est déjà arrivé dans son histoire et elle la traversera. »
Pour les pessimistes « un tel chaos, ça n’est jamais arrivé, et ça n’est pas une phase, c’est la fin. »
Pour l’écrivain « le principal et, à son avis le seul, argument en faveur de l’approche relativement optimiste consiste à dire que depuis l’aube de l’humanité, il s’est toujours trouvé des gens pour dire que c’était mieux avant et que la fin du monde était imminente. »
Je ne sais pas vous, mais pour ma part, même si je suis assailli par des sentiments pessimistes, j’ai du mal à ne pas me rallier à l’idée que, dans l’histoire, l’humanité a toujours réussi à surmonter les obstacles, même avec beaucoup de difficultés et de temps.
La dette publique est au centre du débat économique et politique français. C’est une question qui ne date pas d’hier. Le montant de la dette grimpe en continu pratiquement depuis plusieurs décennies. Certains pensent que c’est un phénomène non maîtrisé qui va nous mener à la catastrophe. Par conséquent il faut faire des économies importantes sinon nous risquons de nous trouver livrés à la troïka qui a mis à genoux la Grèce. Tout est fait et dit pour pousser les Français à accepter une politique d’austérité d’ampleur. Mais qu’en est-il exactement ? Ne peut-on essayer de voir les choses le plus objectivement possible en dehors de tout préjugé et de toute polémique partisane ?
Faut-il avoir peur de la dette ?
C’est le titre d’un dossier consacré au débat budgétaire par le magazine « Alternatives économiques » daté de novembre 2025. Il nous aide à mieux comprendre ce qui se joue à l’Assemblée nationale. A la fin du premier semestre 2025, le niveau de la dette est proche d’un des plus hauts observés en temps de paix. Il est de 3416,3 milliards d’euros soit 115,6% du PIB (Produit intérieur brut, richesse annuelle créée dans le pays). Cela signifie que pendant des années la France à dépensé plus que ce qu’elle engrangeait en recettes.
Les causes principales de l’augmentation de la dette
Les deux chocs pétroliers de 1970 et 1980, la récession prolongée de 1990-1993, la crise financière de 2007-2010, la crise du Covid et la guerre en Ukraine de 2019 à 2022 sont les chocs économiques exceptionnels à l’origine d’environ la moitié de l’augmentation de la dette sur la période 2007-2023.
La dynamique des taux d’intérêts et de la croissance : dans les années 1990, les politiques monétaires nécessitées par la préparation à l’euro ont maintenu les taux d’intérêts au-dessus du taux de croissance. La conséquence est que la dette sert à rembourser les intérêts de la dette précédente. Puis dans les années 2000, la baisse des taux d’intérêts a rendu l’endettement plus attractif.
Depuis 1999 les baisses d’impôts ont réduit les recettes fiscales. Entre 2017 et 2024 la politique économique a creusé le déficit et alourdi la dette.
Les gouvernements de droite comme de gauche ont contribué à une hausse de la dette. La période récente, depuis 2017, est marquée par une baisse importante de la fiscalité et donc une hausse notable de la dette (+ 1000 milliards).
Le maintien de déficits budgétaires élevés rend nécessaire un débat sur la maîtrise des comptes publics. Il faudrait au moins stabiliser la dette. La Cour des comptes alerte sur la nécessité de réduire fortement ce déficit dès 2025.
Nous voyons donc que la dette publique résulte d’un cumul de crises économiques, de politiques économiques et monétaires, et surtout de baisses structurelles d’impôts. Sa maîtrise future dépendra de la capacité à réduire les déficits et à réformer la fiscalité.
Coût de la dette publique française
La France a dépensé 52 milliards d’euros en 2025 pour payer les intérêts de sa dette publique. Ce montant est comparable au budget de l’Éducation nationale. Il est inférieur à celui des États Unis, du Royaume Uni, de l’Italie. Il est supérieur à celui de l’Allemagne et du Japon. Il faut bien sûr rapporter ces comparaisons internationales à la taille des économies. La France se situe dans une position intermédiaire.
La charge de la dette française atteint sa moyenne historique, ce qui n’est pas dramatique mais la tendance est préoccupante. La combinaison de déficits élevés et de taux d’intérêts plus hauts alourdit le coût de la dette.
Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, l’instabilité politique affaiblit la capacité à mener une consolidation budgétaire.
La dégradation de la note de la dette française par les agences de notation pourrait inciter les créanciers à exiger des taux d’intérêts plus élevés.
Aujourd’hui la charge de la dette reste gérable mais la probabilité d’une crise n’est pas nulle, surtout en cas de persistance de l’instabilité politique et de hausse des taux.
Le poids des créanciers étrangers
La dette française est détenue pour plus de la moitié par des créanciers étrangers. Cette situation soulève des questions sur la dépendance financière et la soutenabilité de la dette. Les investisseurs étrangers sont plus sensibles aux risques et revendent plus facilement leurs créances. Les fonds spéculatifs, en particulier, amplifient la vulnérabilité aux chocs.
Néanmoins l’arrivée de non résidants fait baisser les taux en augmentant la demande de titres.
La détention étrangère de la dette n’est pas forcément une mauvaise nouvelle mais sa gestion doit être optimisée pour en limiter les risques et en tirer des avantages.
Un fardeau pour les générations futures ?
La dette est remboursée à court et moyen terme. Sa durée moyenne est de 8,6 ans. Ce sont donc les contribuables actuels qui en supporteront le poids et non les générations futures. Le vrai débat est qui paie la dette ?
Les créanciers renouvellent régulièrement leurs prêts à l’État comme ils le font depuis plus de deux siècles. La dette profite surtout aux plus fortunés qui bénéficient des baisses d’impôts, prêtent à l’État et perçoivent des intérêts. Tandis que les classes moyennes subissent les coupes budgétaires.
La dette est un outil de redistribution à l’envers. Elle devient un fardeau si les intérêts soutirés par les rentiers pèsent durablement sur le reste de la population.
La dette publique française n’est pas un problème de transmission aux générations futures mais de répartition sociale et de dépendance aux créanciers, nationaux et étrangers.
Réduire le déficit sans nuire à la croissance
La France doit réduire son déficit public après trois années de dérapage et une année d’instabilité institutionnelle. Une politique budgétaire trop restrictive peut être contre-productive. Il faut privilégier la hausse des recettes à la baisse des dépenses : l’impact économique d’une hausse progressive d’impôts touchant surtout les hauts revenus est moins négatifs que les coupes budgétaires. La taxation des grosses successions génère des recettes sans affecter la consommation des plus pauvres. Une trajectoire compatible avec la cohésion sociale et la transition écologique reste possible.
Une réduction intelligente du déficit doit allier hausse ciblée des impôts, étalement des efforts et protection de la croissance et des plus vulnérables.
Effacer l’ardoise est-ce possible ?
L’annulation de la part de la dette détenue par la Banque Centrale Européenne divise les économistes. Il est difficile dans le cadre de cet article de rentrer dans le détail technique de ce débat. L’annulation à elle seule ne peut suffire à assurer la soutenabilité de la dette mais une coordination européenne renforcée entre la Banque Centrale Européenne et les banques publiques nationales permettrait de réduire la dépendance aux marchés financiers et acteurs privés pour financer les investissements sociaux et écologiques non rentables financièrement.
La France est-elle au bord de la faillite
Dans le même magazine, Anton BRENDER, économiste co-auteur de « Économie de la dette » (La Découverte 2021), nous indique que la France n’est pas au bord de la faillite. Pour lui le problème est ailleurs. Il tient à notre incapacité collective à débattre de notre politique budgétaire en particulier. Le sujet est saturé de postures et de chiffons rouges. Les investisseurs ne s’inquiètent pas tant du niveau absolu de la dette que de l’incapacité du gouvernement à en maîtriser l’évolution. Ce qu’ils redoutent c’est l’incertitude politique.
La dette publique, selon cet économiste, n’est pas en soi un fardeau insupportable. Encore faut-il apprendre à arbitrer clairement entre ce que l’on finance par l’endettement et ce que l’on finance par l’impôt. C’est un enjeu de société que nous avons trop longtemps réduit à un simple enjeu comptable.
La baisse des impôts de production
Une étude sur la baisse des impôts de production (2021-2023) de l’institut des politiques publiques (IPP) a montré que la réduction de 10 milliards d’euros n’a eu aucun impact pour les entreprises concernées ni sur le chiffre d’affaires, ni sur l’investissement, ni sur la création d’emploi, ni sur les exportations. La réforme n’a pas généré d’effets macroéconomiques positifs.
Les inégalités s’envolent
Les dernières statistiques publiées par l’Institut national de la statistique publique (INSEE) montrent un accroissement record des écarts de richesse. Sont en cause, les effets de l’inflation et des politiques publiques anti-redistributives du gouvernement.
La pauvreté en 2023 n’a jamais été aussi importante en France depuis qu’on la mesure de cette façon, c’est-à-dire depuis 1996. Le taux de pauvreté a culminé cette année-là à 15,4% soit un pourcent de plus que 2022. Jamais la pauvreté n’a progressé aussi vite d’une année sur l’autre, y compris entre 2020 et 2021, en pleine crise sanitaire, ou entre 2008 et 2009, dans l’œil du cyclone de la crise financière. En 2023, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, à savoir 1 288 euros par mois pour une personne seule. C’est 650 000 personnes de plus qu’en 2022. Jamais le nombre de personnes pauvres n’avait été aussi élevé et jamais autant de personnes n’avaient basculé dans la pauvreté en un an.
A l’inverse les riches ne connaissent pas la crise. En 2023, les 20 % les plus modestes ont perçu 8,5 % de la somme des niveaux de vie et les 20 % les plus aisés 38,5 %, soit 4,5 fois plus. Si l’analyse porte sur l’évolution de ces indicateurs depuis 2017, le taux de pauvreté est passé en 6 ans de 13,7% de la population à 15,4% tandis que le niveau de vie plancher des 10% les plus riches s’est accru de 4,4%.
Plus de justice fiscale
Les ultrariches ont des taux d’imposition plus faibles que ceux du contribuable moyen. Ils paient en France environ 0,1% de leur patrimoine en impôt individuel sur le revenu. En tenant compte de tous les autres prélèvements obligatoires et exprimés en pourcentage du revenu, leurs taux d’imposition sont plus bas que ceux des classes moyennes ou des cadres supérieurs.
Les grandes fortunes peuvent structurer leur patrimoine afin d’échapper à l’impôt sur le revenu notamment par la création de holdings familiales dans lesquelles les dividendes s’accumulent à l’abri du fisc. Cette situation est le produit de décisions humaines et de choix politiques.
Pour quelle politique économique
La situation budgétaire est le résultat de la politique économique menée depuis plusieurs années. Cette politique est le fruit de choix idéologiques, présentée comme la seule possible pour faire face à la situation du pays.
Dans la deuxième partie du XXème siècle les prophètes du néo-libéralisme de « l’école de Chicago » sont convaincus que du déchainement des appétits privés jaillira un bien-être collectif. Ils promettent l’opulence par le libre jeu du marché, le plein emploi par la croissance, la productivité par la compétition, la prospérité commune par la rentabilité, la mise en valeur de toute la planète par la libre circulation des capitaux et la richesse monétaire comme valeur suprême.
Depuis que cette vision néolibérale s’est imposée dans les années 1980, le taux de croissance des revenus du capital s’est accéléré alors que la croissance des revenus du travail a stagné voire reculé. Sans un rééquilibrage de ces taux de croissance du capital et du travail et sans une politique volontariste de redistribution par la fiscalité et les prestations sociales, les inégalités ne pourront que continuer à se développer.
L’objectif premier de toute société démocratique est d’améliorer le sort de tous. Le bien-être de tous au niveau national comme au niveau international doit être le guide de toute action individuelle et collective.
L’inégalité est à la fois la cause et la conséquence de la faillite du système politique. Si, comme dit Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, l’État continue à laisser le 1% de la population s’accaparer l’essentiel des richesses et met à contribution les classes moyennes et populaires, il laisse se développer une désespérance qui ne peut que nuire à la démocratie.
Il n’est pas possible de continuer à imposer un discours incontestable dans ses présupposés comme dans ses conséquences, imposant ses décisions dans tous les domaines de la vie économique et sociale, et dans le même temps prétendre agir dans l’intérêt général et pour le bien être du plus grand nombre. Cette lecture idéologique présentée comme une « vérité » ne pourra que conduire la France à reproduire les mêmes erreurs qui se traduiront par une austérité qui sera non seulement injuste socialement, mais aussi contre-productive économiquement avec le risque de ne pas parvenir à réduire le déficit public autant qu’escompté.
Pour sauver les civils des drones russes, protégeons le ciel de l’Ukraine !
Le problème
Chaque nuit, des vagues de centaines de drones et de missiles russes tuent des civils ukrainiens. Depuis le début de l’invasion russe, plus de 40 000 missiles ou drones longue portée ont frappé le pays.
Selon les dernières données du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, 13 883 civils ukrainiens ont été tués et 35 548 blessés — et cela ne concerne que les territoires libres.
Depuis la rencontre Trump – Poutine en Alaska, les frappes russes se sont encore intensifiées. Des centaines de personnes ont été tuées et, le 28 août seulement, une attaque massive a fait plus de 25 morts, dont 4 enfants.
93 % des missiles visent délibérément des infrastructures civiles :
2 200 attaques contre des installations de santé,
plus de 3 800 écoles endommagées,
au moins 600 sites culturels et 300 églises touchés,
le réseau électrique et les systèmes de chauffage urbain délibérément pris pour cible en hiver,
des pompes de distribution d’eau attaquées,
des supermarchés et hôtels détruits…
Les Russes cherchent à rendre la vie normale impossible en Ukraine, en frappant volontairement des cibles illégitimes.
Face à ces familles ukrainiennes qui souffrent, qui meurent et qui appellent à notre aide, l’Europe et le monde ne peuvent rester inactifs.
Nous appelons donc notre gouvernement à mettre en œuvre l’initiative « Skyshield », soutenue par des élus, des anciens généraux et amiraux, ainsi que des membres de la société civile issus de toute la France, du Royaume-Uni et de l’Europe, et de tous les horizons politiques.
Pourquoi Skyshield ?
La défense du ciel ukrainien doit reposer sur deux dimensions :
Le déploiement d’équipements directement en Ukraine : radars, systèmes d’interception ;
L’organisation de patrouilles aériennes par des avions basés dans des pays voisins comme la Pologne ou la Roumanie.
Ces forces resteraient loin de la ligne de front, à plusieurs centaines de kilomètres, sans aucun contact direct avec l’aviation russe. Leur rôle serait strictement limité à intercepter les missiles et drones visant les civils dans les zones arrière.
Au-delà du devoir moral de soutenir un peuple qui souffre, cet engagement contribuerait à une paix réelle et durable.
La Russie, ayant échoué à conquérir l’Ukraine militairement, cherche désormais à briser moralement la société civile ukrainienne.
En mettant en œuvre Skyshield, Poutine comprendra que ce second objectif est également hors de portée, nous rapprochant ainsi d’un cessez-le-feu et, à terme, de la paix.
Nos armées ont déjà intercepté des drones Houthis visant des navires commerciaux en mer Rouge et des missiles iraniens lancés contre Israël.
Il est temps d’afficher la même détermination pour protéger un territoire européen — un pays auquel des garanties de sécurité avaient été données via le mémorandum de Budapest de 1994 — et une population qui aspire à la paix et à l’intégration dans la famille européenne.
En soutenant Skyshield, nos nations réaffirmeront leur souveraineté, assumeront leur mission historique de protection d’un pays européen massacré au nom de l’impérialisme et seront à la hauteur de ce moment crucial pour la sécurité de tout notre continent.
Abandonner le peuple ukrainien reviendrait à renoncer à nos responsabilités morales, politiques, militaires et démocratiques.
Nous appelons tous nos pays à rejoindre formellement la coalition Skyshield et, en particulier, le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Keir Starmer, en engageant leurs moyens aériens et logistiques pour protéger l’espace aérien ukrainien.
Soyons à la hauteur de l’Histoire.
Soutenez Skyshield !
— Collectif Skyshield France
Co-initiateurs & porte-paroles :
Frédéric PETIT, député Philippe MOREAU-CHEVROLET, professeur de communication politique à Sciences po Paris Xavier TYTELMAN, expert aéronautique et ancien militaire
La publicité utilise souvent l’expression « vu à la télévision » pour convaincre que le produit présenté est un bon produit. C’est sans doute pourquoi les milliardaires sont friands de contrôler les médias quelle qu’en soit la forme, presse quotidienne, radios, télévisions classiques ou d’information continue. Nous pouvons nous interroger sur les raisons de cet engouement pour les médias des grandes fortunes de ce pays. J’ai ma réponse mais elle pourrait vous paraître très subjective donc je me contenterai de vous donner quelques exemples vécus qui sont certainement fortuits (sic).
Trouver 44 milliards d’économie pour le budget 2026
Dans une chaîne d’information continue privée, lors d’une émission de grande écoute, à propos de la nécessité de réagir à l’endettement de la France, il est question du rapport de la commission sénatoriale sur l’utilité des aides publiques aux entreprises. Cette commission est présidée par un sénateur « Les républicains » et le rapporteur est un sénateur du « Parti communiste Français ». Elle évalue le montant de ces aides à 211 milliards d’euros en 2023.
Est-ce qu’il ne faut pas se tourner vers les entreprises pour alimenter les 44 milliards d’économie que veut faire le gouvernement ? demande l’animateur. Le débat s’engage et le rapport sénatorial, selon tous les journalistes présents sur le plateau, devient la position du sénateur communiste qui mélange des pommes et des poires et qui instrumentalise des chiffres pour des objectifs politiciens. En fait ces 211 milliards sont au mieux à réduire à 112 milliards. Le débat se termine sur l’affirmation qu’il faut cesser de s’attaquer aux entreprises qui sont sources de richesse et si l’on continue à stigmatiser les riches, les grandes fortunes quitteront le pays…
Il n’est dit à aucun moment que la commission a dû évaluer elle-même le montant des aides car aucun service de l’État n’a été capable de le faire. Aussi paradoxale que cela paraît le ministère de l’économie ne comptabilise pas ces aides car elles sont trop diverses. Le rapport du Sénat précise qu’il additionne aides directes, allègements fiscaux, allègements de cotisations sociales mais en excluant les aides des collectivités locales et les aides européennes. Donc le montant est probablement plus élevé. Non seulement l’État est incapable d’en chiffrer précisément le montant mais ces aides ne font l’objet d’aucun suivi. Le rapport du Sénat fait une série de propositions pour améliorer la situation. Sur le plateau aucun des participants ne trouve intéressant d’en parler. Ils oublient aussi de préciser que le rapport a été voté à l’unanimité des membres de la commission composée de membres appartenant à tous les partis politiques représentés au Sénat.
Mensonges par omission et dérives idéologiques caractérisent cette séquence.
Savez-vous que les dealers touchent des aides sociales ?
Autre exemple sur la même chaîne quelques jours auparavant. L’animateur, différent du précédent, interpelle le plateau « savez-vous que les dealers touchent des aides sociales ? » Tous les participants sont dubitatifs mais le débat s’installe et l’animateur insiste. Les dealers gagnent beaucoup d’argent non déclaré, donc ils peuvent bénéficier d’aides sociales. D’ailleurs un maire du sud vient de lancer une alerte et prendre des dispositions pour trouver une solution à cette anomalie. Là il ne s’agit pas d’une infox mais simplement de la manière de présenter les choses. Cette présentation est faite au milieu d’un débat sur l’importance des aides sociales en France. Le message implicite est que ces aides sont bien trop généreuses et sont à l’origine du déficit budgétaire auquel la France doit faire face. L’animateur pouvait simplement annoncer qu’on vient de s’apercevoir qu’il est possible d’avoir des aides sociales quand on a des revenus non déclarés ce qui est le cas notamment des dealers, ce que vient de dénoncer à juste titre un maire. Il n’est pas précisé au cours de l’émission l’importance relative de cette fraude ni si elle est quantitativement significative.
Une présentation sous forme de provocation qui permet de stigmatiser l’importance des aides sociales.
Les jeunes salariés se voient prélevés de 37% pour financer les retraites
Autre exemple, toujours sur la même chaîne qui débat de la dernière sortie du premier ministre accusant les « boomers » de léguer à leurs enfants et petit enfants la charge du remboursement de la dette. Cette fois-ci le plateau n’est pas unanime et estime globalement que les choses ne sont pas aussi simples. Difficile de mettre en cause les personnes âgées et de leur faire supporter des années d’erreurs collectives. Mais une journaliste s’enflamme et prétend que les jeunes salariés aujourd’hui, tout cumulé, se voient prélevés de 37% de leur salaire brut pour financer les retraites des « boomeurs ». Elle affirme la hauteur du prélèvement sans jamais apporter de détail sur ce calcul. Aucun des participants n’a posé une question relative à ce chiffrage qui ne me parait pas refléter la réalité. Aller dans le sens du chef du gouvernement et argumenter sans preuve pour opposer les français les uns contre les autres ne me semble pas très professionnel pour une journaliste. Le débat débouche sur la nécessité de réformer le système de retraite qui comme tous « les exorbitants avantages sociaux » sont à l’origine de la dette. C’est bien connu le déficit budgétaire sert principalement à payer les retraites. Des tableaux sont publiés pour le démontrer. On oublie de préciser que le système de retraite du secteur privé est quasi équilibré et que les chiffres avancés par le gouvernement intègrent les retraites du secteur public qui pèsent directement sur le budget.
Pour le coup il est possible de se demander qui utilise des chiffrages non étayés pour justifier des objectifs politiciens ?
Pour conclure …
Ces quelques exemples n’ont pas la prétention de démontrer que toute l’information dans le pays est biaisée. J’aurais pu évoquer les médias du groupe Bolloré qui, en se prétendant presse d’opinion, prennent ouvertement faits et causes pour les thèses des partis d’extrême droite. Il s’agit simplement d’inviter nos concitoyens à réfléchir sur le fait que si c’est dit à la télé ou dans le journal, ce n’est pas forcément vrai. Il vaut mieux multiplier ses sources d’information avant de se faire une opinion. Malheureusement cela n’est pas possible pour tout le monde. Cela fait partie des nombreuses inégalités de notre monde.
Vous trouverez ci-dessous la réaction de l’association « Pour l’Ukraine »
L’Ukraine refuse le « Munich » glacial d’Anchorage. Après le sommet de Washington, l’Europe doit faire bien plus pour défendre l’Ukraine.
Le tapis rouge a remplacé la ligne rouge Quand Donald Trump accueillait Vladimir Poutine à la base aérienne d’Elmendorf avec tous les honneurs dus à un chef d’État respectable, il franchissait bien plus qu’un protocole diplomatique. La ligne rouge des sanctions contre les pays achetant du pétrole russe s’est muée en tapis rouge pour un criminel de guerre.Dans cette mise en scène soigneusement orchestrée – limousine présidentielle, flatteries retrouvées, rituels du pouvoir – s’esquissait un processus de réhabilitation qui transforme les bourreaux en partenaires de négociation.
Un criminel de guerre ne peut devenir un « partenaire respectable ». En traitant Poutine comme un interlocuteur légitime dans son spectacle arctique, Trump a franchi un seuil moral : celui qui sépare la reconnaissance des rapports de force de la banalisation du Mal. Les crimes de guerre deviennent soudain des « différends » à résoudre, la déportation d’enfants un « problème humanitaire » à gérer, l’agression territoriale un « conflit » à pacifier. Cette alchimie sémantique, qui transmute la barbarie en sujet diplomatique, dessine les contours d’un ordre international et d’une réalpolitique où la violence organisée devient négociable – pourvu qu’elle dispose d’une force suffisante pour s’imposer.
Le retour des 19 546 enfants déportés, dont seulement 1500 ont été rapatriés : Voilà la 1ère ligne rouge absolue.Mais il y a aussi des centaines de milliers d’autres russifiés dans les territoires occupés. Ces chiffres résument à eux seuls l’ampleur d’un génocide culturel en cours, planifié dès avant février 2022.
Face à cette réalité, un point d’espoir émerge du sommet de Washington : Ursula Von der Leyen, Zelensky et Merz ont tous évoqué le sort des enfants. L’initiative « People First » d’Oleksandra Matviichuk, Prix Nobel de la Paix et le combat qu’ensemble nous menons depuis l’été 2022 ont émergé à Washington et rallient même des soutiens inattendus, y compris Melania Trump et du bout des lèvres de son époux.
Les enfants ne peuvent être une « monnaie d’échange » dans des négociations. Leur retour doit être une condition non-négociable de tout accord avec la Russie, car il touche l’essence même de ce que l’Europe défend : la dignité humaine contre la raison d’État.
L’Ukraine refuse la capitulation munichoise. Les négociations sont vouées à l’échec.
Zelensky ne signera aucun document donnant à la Russie la souveraineté sur les territoires qu’elle revendique. Il ne renoncera pas non plus à une région que Poutine aurait exigé de voir capituler : La portion du Donbass qui reste hors du contrôle russe contient certaines des lignes défensives les plus solides d’Ukraine. L’abandonner serait l’équivalent moderne des Accords de Munich que la Tchécoslovaquie fut contrainte de signer en 1938, par lesquels elle acceptait de céder ses régions frontalières critiques et ses défenses à l’Allemagne nazie.
Poutine, de son côté, ne peut reculer sans mettre en cause l’essence même de son régime totalitaire.Cette guerre est existentielle pour les deux parties. Un régime néo-totalitaire est condamné à la guerre permanente par sa nature même. Un cessez-le-feu ne peut être établi que par un rapport de force favorable à l’Ukraine. Quant à Poutine il pourrait accepter une « pause » mais seulement sur la base d’une victoire militaire lui permettant de préparer la suite.
La Coalition des Pays Volontaires : Enfin, mais insuffisante. Le sommet de Washington a vu naître timidement ce que nous appelions de nos vœux depuis un an, une coalition des pays volontaires pour soutenir l’Ukraine . France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie rejoints par les Baltes, la Pologne, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas, la Tchéquie, la Roumanie, le Canada, les Baltes – cette force représente un potentiel considérable. Mais la réalité demeure cruelle : cette coalition reste supplétive d’une Amérique défaillante. Elle ne s’impose ni face à Trump ni dans les négociations. Malgré tout, un pas positif a été franchi qu’il faut saluer et amplifier d’urgence. Car nous attendons bien plus de cette coalition : L’appui déterminé au refus de toute cession territoriale Confiscation immédiate des 200 milliards d’euros russes gelés en Europe. Les pays de la coalition qui détiennent plus de 120Md€ peuvent le faire conjointement et sans l’accord de l’Union Européenne Strangulation maritime : blocage de la flotte fantôme de tankers russes via le contrôle des détroits de la Baltique, de Gibraltar et de la Manche. Livraisons d’armes massives à l’Ukraine, prélevées sur les arsenaux européens ou achetées aux États-Unis. Exigence publique du retour des enfants et de tous les prisonniers, civils ou militaires. L’armée ukrainienne défend l’Europe. Alors que la Russie prépare de nouvelles agressions contre notre continent, cette évidence doit guider l’action. Dans ce moment historique, l’Europe doit choisir. Non entre paix et guerre – fausse alternative quand l’agresseur ne reconnaît que la force – mais entre existence et effacement. Agissez avec nous. Vous trouverez en pièce jointe une lettre type à adresser à votre député à partir de nos tribunes publiées en juillet dans Libération et Ouest-France, toujours accessibles sur notre site avec leurs milliers de signataires Entre cynisme américain et attentisme européen, l’Ukraine face à un été meurtrier L’été qui peut changer l’Europe
Selon le gouvernement « tout le monde devra participer à l’effort » pour participer à son plan de désendettement de la France. En théorie tout le monde passera à la caisse. Mais dans les faits le fardeau sera-t-il réparti entre tous les citoyens en raison de leurs facultés comme l’indique l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ? Pour apporter des éléments de réponse à cette question voyons d’abord quelle est la situation de départ.
Le sénat et les aides publiques aux entreprises
La commission d’enquête sénatoriale sur l’utilité des aides publiques aux entreprises a rendu son rapport, mardi 8 juillet 2025. Cette commission était présidée par un sénateur « les Républicains » (LR) et son rapporteur était un sénateur communiste (PCF). Elle poursuivait trois objectifs :
établir le coût des aides publiques aux entreprises,
déterminer si elles sont correctement contrôlées et évaluées,
réfléchir à leur conditionnalité.
Les sénateurs ont notamment auditionné sous serment une trentaine de représentants des plus grandes entreprises françaises, d’une dizaine de services de l’État et d’institutions publiques.
évaluation du montant des aides publiques
La première constatation a été que le ministère de l’économie et des finances a été dans l’incapacité technique de répondre à une question aussi simple que celle du montant des aides publiques reçues par les entreprises. La commission a donc décidé d’évaluer elle-même ce montant. Il est évalué à 211 milliards d’euros en 2023 en additionnant aides directes, allègements fiscaux, allègements de cotisations sociales mais en excluant les aides des collectivités territoriales et les aides européennes.
établir un tableau des aides publiques aux entreprises
Le rapport préconise un « choc de transparence » en proposant la création par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) d’un tableau des aides publiques aux entreprises en fonction de leur taille reprenant à côté du chiffre d’affaires, du bénéfice net, du montant des dividendes, de la masse salariale, le montant total des aides perçues et l’impôt payé, ainsi que les diverses taxes acquittées.
réduire le nombre et rationaliser
La commission d’enquête est aussi favorable à un « choc de rationalisation » en créant un guichet unique afin de donner de la visibilité et conditionner les aides dès leur création. Aujourd’hui les aides sont distribuées sans aucune condition. L’équivalent d’environ 7% du Produit intérieur brut (PIB) s’évanouit dans la nature et personne ne sait vraiment où va l’argent. Il faudrait s’assurer de l’efficacité de ces aides. Ces dernières poursuivent en effet des objectifs de politique publique – encourager la recherche, l’emploi des moins qualifiés, etc. – mais les servent-elles vraiment ? Difficile de le dire sans une procédure d’évaluation. Il existe près de 2200 dispositifs distincts. Il faudrait commencer par diviser leur nombre par trois d’ici 2030.
responsabiliser les entreprises
Les sénateurs suggèrent enfin un « choc de responsabilisation des entreprises ». Il faudrait, selon eux, interdire les aides et imposer le remboursement de celles-ci aux entreprises condamnées de manière définitive pour une infraction grave (fraude fiscale, travail dissimulé). Une entreprise qui délocalise devrait également rembourser les aides perçues durant les deux années précédentes. Enfin le montant des aides publiques (hors exonération de cotisations) devrait être déduit des bénéfices distribuables en dividendes.
Les conclusions de la commission ont été adoptées à l’unanimité en dépit des camps politiques différents de ses membres. Elles ouvrent la voie à une évolution salutaire et consensuelle.
Les inégalités s’envolent
Les dernières statistiques publiées par l’Institut national de la statistique publique (INSEE) montrent un accroissement record des écarts de richesse. Sont en cause, les effets de l’inflation et des politiques publiques anti-redistributives du gouvernement.
un taux de pauvreté au plus haut
La pauvreté en 2023 n’a jamais été aussi importante en France depuis qu’on la mesure de cette façon, c’est-à-dire depuis 1996. Le taux de pauvreté a culminé cette année-là à 15,4% soit un pourcent de plus que 2022. Jamais la pauvreté n’a progressé aussi vite d’une année sur l’autre, y compris entre 2020 et 2021, en pleine crise sanitaire, ou entre 2008 et 2009, dans l’œil du cyclone de la crise financière. En 2023, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, à savoir 1 288 euros par mois pour une personne seule. C’est 650 000 personnes de plus qu’en 2022. Jamais le nombre de personnes pauvres n’avait été aussi élevé et jamais autant de personnes n’avaient basculé dans la pauvreté en un an. Et ces chiffres sont sous-estimés car les habitants des départements d’outre-mer, les ménages d’étudiants, les personnes sans domicile fixe ou encore ceux qui vivent en caravane ou en maison de retraite passent sous les radars. Ce qui veut dire qu’en 2023, le nombre total de pauvres est sans doute proche de 12 millions de personnes.
En 2023, les mesures exceptionnelles qui avaient été mises en place en 2022 pour protéger le pouvoir d’achat des ménages face à l’inflation n’ont pas été reconduites. Ce qui a tiré le taux de pauvreté à la hausse. Le taux de pauvreté des inactifs non retraités atteint 37,3 %. Les chômeurs ont vu leur durée d’indemnisation réduite de 25%, ils ont subi les effets de la réforme de l’assurance chômage entrée en vigueur le 1er février 2023. Leur taux de pauvreté augmente de 0,8 point et s’élève à 36,1%. Les familles monoparentales voient leur taux de pauvreté augmenter de 2,9 points, il est de 34,3%.
un français sur six en situation de pauvreté
Pour le Conseil national de lutte contre la pauvreté (CNLE) « un seuil d’alerte a été franchi. Nous ne sommes plus sur une stabilisation de la pauvreté à un niveau élevé, mais dans une dynamique de hausse ». Le collectif Alerte, qui rassemble 37 associations nationales de solidarité, constate que « le constat est dramatique et insupportable, avec près d’un français sur six en situation de pauvreté en 2023. »
les riches ne connaissent pas la crise
A l’inverse les riches ne connaissent pas la crise. Le niveau de vie plancher des 10 % les plus riches a augmenté de 2,1 %, et celui des 20 % les plus riches de 1,1 %, en euros constants. En 2023, les 20 % les plus modestes ont perçu 8,5 % de la somme des niveaux de vie et les 20 % les plus aisés 38,5 %, soit 4,5 fois plus. Si l’analyse porte sur l’évolution de ces indicateurs depuis 2017, le taux de pauvreté est passé en 6 ans de 13,7% de la population à 15,4% tandis que le niveau de vie plancher des 10% les plus riches s’est accru de 4,4%.
S’assurer que les plus fortunés ne se soustraient pas à l’impôt
A l’heure de la dérive des comptes publics et de l’explosion de l’extrême richesse sept prix Nobel d’économie, dans une tribune publiée dans « Le Monde », plaide pour la taxe ZUCMAN, c’est-à-dire pour la création d’un impôt plancher sur les patrimoines des milliardaires.
le taux d’imposition des plus fortunés est plus faible que le taux moyen
Les ultrariches ont des taux d’imposition plus faibles que ceux du contribuable moyen. Ils paient en France environ 0,1% de leur patrimoine en impôt individuel sur le revenu. En tenant compte de tous les autres prélèvements obligatoires et exprimés en pourcentage du revenu, leurs taux d’imposition sont plus bas que ceux des classes moyennes ou des cadres supérieurs.
Les grandes fortunes peuvent structurer leur patrimoine afin d’échapper à l’impôt sur le revenu notamment par la création de holdings familiales dans lesquelles les dividendes s’accumulent à l’abri du fisc. Cette situation est le produit de décisions humaines et de choix politiques.
plus de justice fiscale
Pour ces prix Nobel d’économie la proposition d’instaurer un impôt plancher pour les ultrariches, exprimé en pourcentage de leur patrimoine est efficace, car elle s’attaque à toutes les formes d’optimisation fiscale quelle qu’en soit la nature. Ce dispositif est nécessaire car il est difficile de demander des efforts à quelque catégorie sociale que ce soit avant de s’être assuré que les plus fortunés ne se soustraient pas à l’impôt.
En France, les députés ont voté, en février, en faveur de la création d’un impôt plancher de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Ce dispositif permettrait de s’assurer que les ultrariches contribuent aux charges communes dans les mêmes proportions que les français moyens. Les milliardaires français sont particulièrement prospères, ils possèdent en patrimoine l’équivalent de 30% du Produit intérieur brut (PIB) hexagonal. Même si les sénateurs ont fait obstacle à cette avancée, ce projet va dans le sens de l’histoire.
faire face au risque d’exil fiscal
Pour faire face au risque d’exil fiscal évoqué par certains, le texte voté par l’Assemblée nationale prévoit que les contribuables continueraient à être soumis à l’impôt plancher durant cinq années après leur départ. Ce délai pourrait être étendu à dix ans pour réduire encore davantage les risques d’expatriation.
Conclusion
Nous voyons que les pistes ne manquent pas pour trouver les 44 milliards d’économie budgétaire prévus par le gouvernement. Cet article ne prétend pas avoir fait le tour de la question mais simplement montrer par quelques exemples que la situation est le résultat de la politique menée depuis plusieurs années. Cette politique est le fruit de choix idéologiques, présentée comme la seule possible pour faire face à la situation du pays. Il n’est pas possible de continuer à imposer un discours incontestable dans ses présupposés comme dans ses conséquences, imposant ses décisions dans tous les domaines de la vie économique et sociale, et dans le même temps prétendre agir dans l’intérêt général et pour le bien être du plus grand nombre. Cette lecture idéologique présentée comme une « vérité » ne pourra que conduire la France à reproduire les mêmes erreurs qui se traduiront par une austérité qui sera non seulement injuste socialement, mais aussi contre-productive économiquement avec le risque de ne pas parvenir à réduire le déficit public autant qu’escompté.
Plusieurs facteurs fragilisent les fondements de la notion d’État de droit, notion qui est intimement liée à celle de démocratie. Nous pouvons citer parmi d’autres la crise de confiance envers les dirigeants, l’influence des réseaux sociaux, les crises d’identité, le désengagement de l’État social, les inégalités croissantes, les restrictions de libertés individuelles au prétexte de l’équilibre sécurité/liberté, l’impact de l’intelligence artificielle… Chacun de ces éléments est l’occasion de remettre en cause l’État de droit et fait planer des menaces sur la démocratie.
Démocratie
Le mot vient du grec ancien, démos le peuple et kratos le pouvoir. C’est un régime politique où le gouvernement est assumé par le peuple et pour le peuple. Le pouvoir peut s’exercer directement ou par l’intermédiaire de représentants élus. Le terme désigne aujourd’hui tout système politique dans lequel le peuple est souverain. Il existe différents régimes qui se revendiquent de la démocratie et différentes conceptions de l’exercice de la souveraineté populaire. La démocratie repose sur deux piliers : un contrat social et la séparation des pouvoirs.
Le contrat social est l’accord implicite passé entre l’ensemble des citoyens et ceux qui exercent le pouvoir au sommet de l’État. Les citoyens consentent à céder une part de leur liberté en acceptant de se soumettre aux règles adoptées par leurs représentants régulièrement désignés. En contrepartie ces représentants s’engagent à exercer ce pouvoir dans l’intérêt de la société et dans le respect de règles qui définissent leurs compétences.
L’autre condition de la démocratie est la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Le législatif élabore les lois, l’exécutif est responsable de leur mise en œuvre, et le judiciaire en assure la bonne application. Chacun des trois pouvoirs doit être indépendant sans qu’aucun ne prédomine. Toute atteinte à la séparation et à l’équilibre des pouvoirs est une atteinte à la démocratie.
Le dénominateur commun des démocraties est l’existence d’institutions et de lois qui visent à protéger la population des dérives tyranniques ou dictatoriales que peut exercer une personne ou un groupe quelconque, y compris la majorité. Toute démocratie doit disposer de lois permettant aux citoyens de changer de gouvernement ou de projets politiques légalement, c’est-à-dire sans avoir besoin de recourir à la violence et en respectant les procédures définies par les lois.
L’État de droit
Comme dit Patrice SPINOSI, en introduction de son livre « Menace sur l’État de droit » publié en 2025 chez Allary Editions, l’État de droit n’est pas facile à définir. C’est un principe fondamental dans les systèmes démocratiques qui repose sur plusieurs éléments clés :
La primauté du droit : personne, y compris les gouvernants, n’est au-dessus de la loi.
La hiérarchie des lois : une norme inférieure doit toujours être conforme à celle qui lui est supérieure. Par exemple en France, un arrêté pris par un ministre ne peut contredire un décret pris par le Premier ministre, qui lui-même doit respecter la loi votée par le Parlement, laquelle ne saurait être en contradiction avec la Constitution.
La séparation des pouvoirs pour éviter une trop grande concentration du pouvoir.
La protection des droits fondamentaux : les droits et libertés des individus sont protégés par la loi, et toute violation de ces droits peut être contestée devant les tribunaux.
L’accès à la justice : tout individu doit avoir accès à un système judiciaire indépendant pour faire valoir ses droits.
Transparence et responsabilité : les gouvernants et les institutions doivent rendre des comptes pour leurs actions.
L’égalité devant la loi : tous les individus sont égaux devant la loi sans discrimination fondée sur l’origine, le sexe, la religion ou toute autre caractéristique.
L’action de l’État est soumise aux règles de droit et l’État lui-même est soumis à l’autorité des juges. Dans cet équilibre démocratique le juge est le garant institutionnel de l’État de droit qui protège d’éventuelles dérives d’instrumentalisation d’une majorité ponctuelle et veille au respect des valeurs fondamentales constituant le socle de la démocratie. L’État de droit restreint la puissance de l’État et garantit le respect des intérêts du corps social.
« Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Cette idée qu’il y a non seulement des droits qu’on proclame mais qu’il faut des dispositifs pour les garantir est fondamentale, elle remonte à la Déclaration des droits de l’homme de 1789.
Après la seconde guerre mondiale, tirant les leçons de la montée du fascisme au XXème siècle, s’est développé en occident une culture démocratique qui a été construite sur l’idée que les gouvernants devaient respecter des valeurs et des principes supérieurs aux particularités nationales. Ces dernières années l’État de droit est devenu une cible dans un grand nombre de démocratie y compris en Europe.
Les attaques contre l’État de droit
Les critiques se sont multipliées chaque fois qu’intervient une décision de justice sensible en matière pénale, de droit des étrangers, de politique environnementale et même jusqu’à la régulation des fréquences de télévision. L’État de droit est une contrainte pour les policiers et certains magistrats confrontés au narcotrafic ou au terrorisme qui réclament des outils plus efficaces, pour des politiques qui veulent expulser des migrants plus facilement, pour des mouvements qui souhaitent réduire les protections des minorités … Les règles de l’État de droit sont perçues comme des obstacles placés devant la puissance publique et son efficacité immédiate.
Quand on commence à toucher aux droits fondamentaux de certains, cela concerne en fait les droits de toute la population. Au lieu de conforter nos principes, ils sont désignés comme responsables des troubles qui touchent la société dans le but de satisfaire une opinion légitimement inquiète.
L’État de droit est un bouclier pour nos libertés. Ce sont des règles qui fondent notre démocratie et que l’on s’oblige à respecter. Des règles légitimes fixées par la Constitution adoptée par le peuple souverain. Le respect des normes supérieures est la garantie d’une société démocratique.
L’État de droit c’est le respect de droits fondamentaux substantiels qui peuvent être aussi opposés à la volonté momentanée de la majorité. Cela implique l’adhésion aux droits fondamentaux et aux valeurs de la démocratie et l’instauration de mécanismes de garanties qui reposent sur le contrôle du juge constitutionnel. C’est le rôle du juge et de l’autorité judiciaire d’être un contre-pouvoir. Lorsqu’on met en cause la légitimité du juge, on fragilise l’ensemble du système et l’on risque la mise en cause des différents piliers de la démocratie.
La souveraineté du peuple
Selon Valéry « Le mot peuple désigne tantôt la totalité indistincte et jamais présente nulle part ; tantôt le plus grand nombre, opposé au nombre restreint des individus plus fortunés ou plus cultivés. » Ainsi le peuple est un ensemble d’individus qui sont soumis aux mêmes lois et vivant en société sur un territoire donné ayant en commun un certain nombre de coutumes et d’institutions. Mais cet ensemble n’est pas un bloc homogène, il est composé de différentes couches et catégories sociales.
L’État de droit est le plus souvent critiqué par des mouvements populistes. Ces attaques reposent sur une certaine conception de la souveraineté populaire. Les populistes exaltent la figure d’un « peuple-un » opprimé par les élites dont ils s’autoproclament les représentants authentiques. Ils privilégient la légitimité des urnes au respect de l’État de droit. Pour eux en cas de conflit entre la politique et le droit, c’est le peuple et donc l’élu qui doit l’emporter.
Pour les défenseurs de l’État de droit, le juge est le gardien des droits de l’individu. Il n’est pas élu mais il défend les droits des citoyens et assure ainsi une fonction structurellement démocratique. La souveraineté du peuple ne peut se réduire à une procédure électorale fondée sur le principe majoritaire (sans parler du nombre des abstentionnistes). Une société se définit aussi par les valeurs et les principes qui l’organisent. Les magistrats rendent la justice au nom du peuple parce qu’ils sont les gardiens d’une souveraineté populaire définie par les valeurs fondatrices du contrat social. Les juges incarnent, tout autant que les élus, le principe démocratique de la souveraineté du peuple.
Il ne faut pas confondre l’État de droit, un socle de règles intangibles, dont la séparation des pouvoirs ou l’égalité devant la loi, et l’état du droit que les parlementaires peuvent faire évoluer. Pour changer l’État de droit il faut, à la demande du peuple, remettre en chantier le contrat social qui a servi de base à la construction de la société et faire approuver le nouveau contrat par la plus large majorité du peuple. C’est une tâche de long terme qui n’est pas à la portée d’une majorité parlementaire momentanée et qui aurait la prétention de s’auto-instituer constituante.
Références bibliographiques :
« Le siècle du populisme » – Pierre ROSANVALLON – seuil 2020
« Menace sur l’État de droit » – Patrice SPINOSI – ALLARY EDITIONS 2025
« Les ingénieurs du chaos » – Giuliano da Empoli – Folio 2024
Afin de déterminer le rôle que devraient assumer les humanistes universalistes face à la montée des extrêmes, nous allons présenter dans un premier temps le contexte actuel du monde et de l’Europe. Dans un deuxième temps nous examinerons les valeurs sur lesquelles repose l’humanisme universaliste. Pour terminer nous aborderons le rôle qu’il peut tenir dans la bataille des idées.
Le contexte actuel du monde et de l’Europe
L’énoncé des évènements de ces dernières années ne poussent pas naturellement à l’optimisme. La pandémie du Covid 19, le changement climatique, le recul de la biodiversité, le bouleversement de l’ordre du monde, la guerre en Ukraine, le risque d’un retour de la guerre en Europe et de la menace atomique, la guerre au proche orient, la résurgence des totalitarismes, le retour des attentats, la forte concentration des richesses, l’accroissement des inégalités, le développement de l’insécurité sociale… et cette énumération n’est malheureusement pas exhaustive. Le monde se transforme à très grande vitesse. Les bouleversements sont multiples à tous les niveaux. Les défis auxquels la planète se trouve confrontée sont d’ordre climatique, économique, politique, et technologique. Les problèmes sont universels et les réponses sont fragmentées. Aucun pays seul ne peut faire face à chacun de ces défis.
L’année 2024 a vu se dérouler plusieurs dizaines d’élections en Europe et dans le monde. Le parlement de l’Union Européenne a connu une forte poussée des extrêmes en même temps que des changements de majorité allant dans le même sens dans les pays membres. La nouvelle administration américaine met en application ce que le nouveau président avait annoncé durant la campagne électorale. La politique d’alliance en vigueur depuis la fin de la deuxième guerre mondiale est remise en question. « L’América first » et le « Make América Great Again » remettent en cause tous les équilibres que l’on croyait acquis. Après une longue période de paix nous vivons une période d’instabilité dont il est difficile de voir l’aboutissement. Les États Unis et la Chine ne séparent pas intérêts économiques et intérêts géostratégiques. La Russie ne rêve que de reconstituer son empire passé. Les européens, s’ils veulent éviter la vassalisation et vivre dans un monde façonné par d’autres, doivent faire de la souveraineté européenne et son autonomie stratégique une priorité incontournable.
La montée des extrêmes, qu’ils soient politiques, religieux ou idéologiques, constitue l’un des défis majeurs auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui. Les extrêmes se caractérisent souvent par un rejet de la complexité du monde, un refus du dialogue et une tentation de simplifier les enjeux sociétaux. L’antisémitisme et le racisme antimusulman sont utilisés comme un moyen de mobiliser la colère et justifier des actions radicales.
Comme disent certains, nous pouvons constater qu’il règne aujourd’hui « une atmosphère » de populisme. L’ère du temps est marquée par l’effacement des vieux partis devant de nouveaux mouvements politiques formés dans le sillage d’une personnalité dont ils accompagnent l’ascension. Le désenchantement démocratique contemporain s’inscrit dans la culture politique diffuse du populisme. De grands thèmes populistes comme l’appel au développement des référendums et la philosophie nationale-protectionniste imprègnent beaucoup plus qu’avant des sociétés en panne de projets de solidarités. Les différentes passions populistes irriguent les esprits dans les démocraties fragilisées du XXIème siècle, cela évite de se confronter à la complexité du monde réel.
C’est devant cette complexité du monde que se trouve confrontée l’humaniste universaliste.
Les valeurs humanistes universalistes
Les humanistes universalistes, héritiers de la culture des Lumières, porteurs des valeurs humanistes, sont au cœur des débats sur la démocratie, la tolérance et la liberté. Depuis leur émergence au XVIIIème siècle ils ont toujours été des acteurs engagés dans la promotion des valeurs de raison, de fraternité et de progrès social. Ils ont pour principe la liberté de conscience. Ils considèrent la morale comme indépendante de toute religion ou conception métaphysique et estiment que les conceptions métaphysiques relèvent du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de chacun. Ils se refusent à toute affirmation dogmatique. Chacun doit se libérer de tout préjugé et apprendre à penser, à juger, à décider par lui-même en appliquant la maxime d’Emmanuel Kant : « Sapere Aude », pense par toi-même.
Les humanistes universalistes sont redevables aux Lumières pour les plus belles de leurs valeurs, celles qui les incitent à s’améliorer et à améliorer le monde qui les entoure, la tolérance religieuse, une vision égalitaire des êtres humains et de tous les peuples.
La philosophie humaniste considère que l’humanité est source de toute valeur et que tous les êtres humains ont une valeur égale. L’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Les dissemblances individuelles, les appartenances diverses, les langues, les différences sociales ne doivent pas être un obstacle à rassembler dans une perspective émancipatrice. L’universel n’est pas l’ignorance de la pluralité humaine. Le projet humaniste est de dépasser les singularités par la mobilisation de tous pour œuvrer à la construction d’une humanité plus éclairée.
La société est le fruit d’un travail guidé par la loi que les humains se donnent. Cette loi évolue dans le temps, elle peut être abolie, modifiée, remplacée. L’avenir n’est jamais écrit de manière définitive. C’est sur base de ces valeurs et dans la perspective de la construction d’une société plus éclairée que les humanistes universalistes doivent envisager leur action.
Participer à la bataille des idées
Dans ce début de XXIème siècle marqué par un horizon menacé par la tempête, l’on assiste à ce qui semble être le triomphe des obscurantismes, du relativisme culturel, du tribalisme, de l’ethnicisme et de la réhabilitation de la notion de « race », la montée des extrêmes, le développement du populisme, le bouleversement de l’ordre du monde, le retour des empires et de la loi du plus fort. Face à cette évolution, il est indispensable d’accompagner toutes les pensées qui résistent à la résignation par une volonté d’action.
Les humanistes universalistes doivent promouvoir les principes auxquels ils sont attachés pour dépasser l’inquiétude suscitée par l’évolution du monde. Nous devons nous mobiliser quotidiennement pour RESISTER :
Résister aux atteintes à la liberté de conscience en restant fermes face à la radicalité et l’extrémisme religieux
Résister en combattant l’ignorance et le fanatisme
Résister en luttant contre toutes les discriminations, la xénophobie, l’antisémitisme et toutes les formes de racisme
Résister aux périls identitaires par la promotion de l’universalisme dans le respect de la diversité humaine et le refus de tout communautarisme.
Résister aux mises en cause de la démocratie
Résister à ceux qui restent sourds au changement climatique et à la destruction de la biodiversité
Résister au développement des inégalités
En un mot résister pour défendre l’émancipation de l’être humain dans une société démocratique, laïque et sociale, plus juste et plus éclairée. Une société qui concrétise notre devise républicaine : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Une société qui respecte la Laïcité comme principe fondamental et qui place la loi des humains devant toute éventuelle loi divine. Une société qui garantit la liberté de conscience pour tous.
C’est par cette action de résistance pour promouvoir un monde meilleur que nous pouvons dépasser l’inquiétude que ne manque pas de susciter l’évolution du monde. Nous ne pouvons pas nous contenter de n’être qu’une philosophie de l’incantation. Nous ne nous résignons pas, nous ne croyons pas en la fatalité du monde. Nous nous devons d’être une philosophie de réflexion critique, de l’engagement, de l’émancipation et du souci du bien commun.
Le 24 février prochain marquera le triste anniversaire de la 2e invasion russe de l’Ukraine. Depuis trois ans, le peuple ukrainien résiste héroïquement face à une agression d’une violence inouïe. Malgré les destructions systématiques de ses infrastructures vitales et le coût humain dramatique, l’Ukraine continue de se battre pour sa liberté – et pour la nôtre. Aujourd’hui plus que jamais, c’est l’heure de l’Europe. Face au désengagement américain et au risque d’un nouveau Munich, l‘Union Européenne doit prendre ses responsabilités historiques. Notre continent ne peut plus se contenter de demi-mesures : il doit apporter à l’Ukraine l’aide décisive qui lui permettra de vaincre.
Nous appelons à une mobilisation urgente pour : La confiscation et le transfert à l’Ukraine des 200 milliards d’euros d’avoirs russes gelés en Europe La protection effective du ciel ukrainien par la fourniture massive de systèmes de défense anti-aérienne Le déploiement d’une force européenne pour sécuriser la frontière avec le Bélarus. Le retour impératif des enfants ukrainiens déportés en Russie, condition non négociable de tout accord futur (Signez notre appel)
Pour échanger sur ces enjeux cruciaux et coordonner nos actions, je vous invite à nous rejoindre : – Le 21 février à 18h pour une réunion en ligne sur Zoom « Riposte au nouveau Munich » avec Sylvie Rollet (Présidente de Pour l’Ukraine…) Olivier Védrine, Alexandre Melnik et plusieurs orateurs. Pré-inscrivez-vous. – Le 23 février à 14h à Paris, Place de la République, pour une grande manifestation de soutien. Retrouvons pour défiler avec l’association- Le 24 février pour des rassemblements dans toute la France – Le 27 février 18h à Sc-Po Rennes pour une conférence sur les déportations d’enfants ukrainiens avec Me Gabriel Sebbah et Pierre Raiman
L’Ukraine peut gagner cette guerre avec notre aide. Ne la décevons pas. Ne nous décevons pas.
Bien cordialement, Pierre Raiman cofondateur de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
C’est une communication de l’association « Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre » que je me fais un devoir de publier. Notre solidarité et notre soutien est la seule réponse à la capitulation que veut imposer le nouveau pouvoir des États Unis d’Amérique.
Il est devenu banal de dire que le monde se transforme à très grande vitesse. Les bouleversements sont multiples à tous les niveaux. Les défis auxquels la planète se trouve confrontée sont d’ordre climatique, économique, politique, et technologique. Les problèmes sont universels et les réponses sont fragmentées. Aucun pays seul ne peut faire face à chacun de ces défis.
Le défi climatique
La biosphère est un vaste système complexe autorégulé et autoreproducteur de régulations interdépendantes, dans la reproduction duquel la vie, et par conséquent l’espèce humaine, joue un rôle primordial. Nous constatons chaque jour que la biodiversité est compromise.
Les effets du changement climatique sont incontestables. Quels que soient les chiffres ou les courbes que l’on regarde, les indicateurs sont tous au rouge. L’année 2024 est la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale depuis le début des relevés.
Le dérèglement climatique est causé par la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion d’énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz. Les prévisions publiées par l’Organisation météorologique mondiale confirment qu’il est probable que la température moyenne annuelle du globe franchisse le seuil de 1,5°C de réchauffement, maximum fixé par l’accord de Paris.
La rupture de l’équilibre entre la planète et les humains qui l’habitent fait ressortir notre immense responsabilité mais crée aussi l’opportunité de redéfinir notre rapport à la terre. Force est de constater que ce défi n’est pas considéré comme une priorité au niveau de la planète.
Le défi économique et social
Dans les démocraties les inégalités culminent à des niveaux historiquement élevés. Les disparités de patrimoine sont plus fortes que celles de revenus. Les politiques néolibérales sont devenues culturellement dominantes et ont bouleversé le panorama des inégalités.
La promesse néolibérale de dynamisation de la croissance par la baisse de la fiscalité des plus riches n’a pas marché. La théorie du ruissellement n’a pas généré la prospérité pour tous. Le recul des politiques de redistribution par la fiscalité a eu pour conséquence d’augmenter les écarts de revenus et de patrimoine au bénéfice des plus riches par rapport aux catégories sociales moyennes sans pour autant sortir du marasme les catégories les plus défavorisées.
L’objectif premier de toute société démocratique est d’améliorer le sort de tous. Si les pouvoirs publics continuent de laisser le 1% de la population s’accaparer l’essentiel des richesses et mettre à contribution les classes moyennes et populaires, il laisse se développer une désespérance qui ne peut que nuire à la démocratie. Cette réalité sévit à l’intérieur des pays comme entre les pays. L’écart entre les pays riches et les pays pauvres ne cesse de s’accroitre.
Le défi politique
L’affrontement « monde capitaliste » contre « monde socialiste » disparait progressivement et laisse la place à l’affrontement entre démocraties et autocraties. Les dirigeants chinois et russes ne cachent pas leur mépris du système démocratique qui est faible et incapable d’assumer des risques importants. Ils louent ensemble l’efficacité de leur système autocratique. Une bonne partie des pays émergents semblent de plus en plus se rallier à cette vision.
L’utilisation de l’arme nucléaire est aujourd’hui brandie comme possible. Depuis le début de l’offensive en Ukraine, le Président russe agite la menace nucléaire. Il a averti les pays qui s’opposeraient à son intervention qu’ils s’exposeraient à des conséquences « comme ils n’en ont jamais vu ».
L’Union Européenne doit prendre conscience qu’elle doit d’abord compter sur elle-même pour sa défense devant les orientations futures de la puissance américaine en direction de l’Asie. La guerre en Ukraine aide à cette prise de conscience qu’il n’est plus possible devant ce nouvel ordre du monde, s’il ne l’a jamais été, d’être uniquement dépendant des États-Unis.
Après la crise sanitaire et maintenant la guerre à ses portes qui ont mis en évidence les faiblesses de l’Union Européenne et ses dépendances stratégiques, la souveraineté européenne et son autonomie stratégique sont une priorité incontournable.
Le défi technologique
La confiance aveugle envers les sciences et les techniques est une erreur, la défiance systématique en est une autre. Ce n’est pas la technique qui est en soit bénéfique ou maléfique, mais les usages qu’on choisit d’en faire. Nous devons rester vigilants quant aux possibles dérives, aux possibles mauvais usages des découvertes scientifiques. Aidons le plus grand nombre à comprendre, à avoir accès aux connaissances, pour que chacun ait les moyens d’un jugement approprié.
L’idée que l’humain peut détruire le monde terrestre et ainsi se détruire lui-même émerge et pose le problème des limites de l’activité humaine et de sa responsabilité vis-à-vis de la nature. L’humain est une partie d’un tout qui a la particularité d’être responsable de la conservation de ce tout. Nous devons prendre conscience de nos limites et développer un humanisme différent, un humanisme de la diversité. Plus que jamais l’homme a besoin des principes éthiques des Lumières pour mettre les sciences et les technologies au service de l’humanité et non l’inverse.
Le paradoxe
Nous devons affronter la contradiction entre l’universalité des problèmes et la fragmentation des réponses à apporter. L’envergure mondiale des différents défis auxquels nous sommes confrontés rend nécessaire, même si cela apparait complètement utopique, au moins une concertation de l’ensemble des pays de la planète.
Après l’élection confortable du président des États unis pour un deuxième mandat, la montée des extrêmes droites dans les démocraties, la guerre en Ukraine, le clivage entre les pays du Nord et du sud sur le climat, cette perspective de concertation semble s’éloigner. Nous risquons de voir le chaos s’installer.
La réforme en profondeur du seul embryon de gouvernance mondiale existant aujourd’hui, l’ONU, semble indispensable. Il reste la seule institution légitime malgré ses faiblesses pour établir un véritable dialogue et affronter les problèmes qui se posent au monde dans un cadre universel, démocratique et rénové.
Éviter le chaos
Devant la faible probabilité de voir l’ONU jouer son rôle au niveau de la gouvernance mondiale, deux économistes, Jean Pisani-Ferry et Georges Papaconstentinou dans un livre publié aux éditions du Seuil en fin 2024, « Nouvelles règles du jeu – Comment éviter le chaos planétaire », se sont essayés à faire des propositions pour faire face à ce paradoxe.
Ils examinent neuf champs de coopération internationale : le climat, la santé publique, le numérique, le commerce international, la stabilité financière, les migrations, la concurrence, la règlementation bancaire et la fiscalité. Selon eux, l’analyse permet de montrer ce qui marche et ce qui ne marche pas dans les organisations actuelles de coopération internationales. Tirer les leçons des échecs et des succès des différents mode de gouvernance leur permet d’aboutir à des prescriptions sur la façon d’organiser la coopération dans un monde non coopératif. Le monde a changé, il faut en tenir compte et adopter de nouvelles règles si l’on veut éviter le chaos. Ces nouvelles règles du jeu n’éviteront pas de laisser plus de place aux pays émergents et aux pays du sud, parties prenantes indispensables à la gestion des biens communs mondiaux.
La paix par la force
Ces propositions ont au moins l’intérêt de vouloir faire face à nos défis par la concertation entre les pays et l’engagement volontaire de chacun. Mais l’arrivée du nouveau président des États-Unis ne manque pas d’interroger. La politique annoncée de ce dernier ne semble pas laisser beaucoup de place à la concertation. La vision « América first » relève plus du racket et de la pratique de la mafia : non-respect des règles sauf celles imposées par les États Unis et si vous voulez être des alliés et être protégés, il faut payer. Un mélange confus d’isolationnisme et d’impérialisme où la transaction est le maître mot. Les déclarations à propos du changement climatique, de l’Ukraine, du Canal de Panama, du Canada et du Groenland sont édifiantes. C’est sans doute ce que certains appellent la paix par la force.
Quel avenir ?
Les États Unis et la Chine ne séparent pas intérêts économiques et intérêts géostratégiques. Les États-Unis ont adopté une approche fondée sur la sécurité nationale et identifie la Chine comme un rival géopolitique. La Chine affirme sa propre vision du monde et sa volonté de réécrire les règles conformément à ses intérêts. L’Union Européenne dans ce monde conflictuel est la seule puissance qui peut essayer d’influer sur l’ordre du monde dans un sens plus coopératif. En a-t-elle encore la capacité ?
Les européens, s’ils veulent éviter la vassalisation et vivre dans un monde façonné par d’autres, doivent faire de la souveraineté européenne et son autonomie stratégique une priorité incontournable. Ils doivent œuvrer à promouvoir la place des pays émergents et en développement dans le concert des nations. L’ordre mondial doit préférer la coopération à la force et la puissance. L’objectif est d’améliorer le sort de tous. L’humanisme universaliste issu de la philosophie des Lumières doit être la référence pour construire une humanité plus éclairée, moins inégalitaire, plus fraternelle en respectant la diversité humaine et en préservant la planète qui constitue notre cadre commun de vie.
Avec la réélection de Donald Trump à la présidence des États Unis nous assistons à l’augmentation de l’influence d’un courant idéologique faisant la liaison entre les utopies libertariennes et les valeurs conservatrices. Un article du journal « Le Monde » signé par Valentine Faure en fait une analyse détaillée. Je vous en livre l’essentiel.
Des pouvoirs sans précédent
En 2020 Elon Musk était démocrate mais en 2024 c’est avec zèle qu’il s’est employé à la réélection de Trump. Il a investi plus de cent millions de dollars sur quelques mois dans la campagne et mis à disposition du candidat républicain son réseau d’information. Il a fait un bon investissement puisqu’une semaine après l’élection sa fortune personnelle avait déjà augmenté de 70 milliards de dollars.
La mue de l’homme le plus riche du monde n’est pas la seule. D’anciens donateurs du Parti Démocrate ont suivi la même trajectoire que Musk, notamment Peter Thiel qui a cofondé avec lui Pay Pal et qui est devenu très riche avec son investissement dans Facebook. Une partie des dirigeants de la Silicon Valley ont basculé vers le soutien au Parti Républicain. Sur les 70 milliardaires que compte la Silicon Valley, ils sont une vingtaine à soutenir le 47ème président des États Unis. « Mais ces vingt personnes ont un accès direct à l’espace public médiatique mondial qu’ils ont eux-mêmes composé. La concentration des pouvoirs qu’ils ont entre leurs mains, l’accès aux technologies et leur capacité à mettre en pratique ce en quoi ils croient est sans précédent » dit Olivier Alexandre, sociologue, chercheur au CNRS.
Un ennemi commun
Selon un rapport de l’ONG Public Citizen l’industrie des cryptomonnaies représente près de la moitié de l’argent versé par les entreprises aux comités d’action politique en 2024. Le Parti Républicain soutenu par ces donateurs reviendra sur les mesures qui entravent le développement des technologies nouvelles.
La bureaucratie est l’ennemi général dans la Silicon Valley. L’État n’est pas efficace, il impose un tas de réglementations idiotes qui font perdre du temps et des talents. Il faut gérer l’État comme une entreprise. Le progrès technologique doit être poursuivi sans relâche, sans se préoccuper des coûts potentiels ou des dangers pour la société. La bureaucratie doit céder la place à un « CAO(PDG) national » dit Curtis Yarvin, qui pense que les différences génétiques font que certains groupes sont « plus aptes à la maîtrise », tandis que d’autres sont « plus aptes à l’esclavage ». Ce penseur de la droite radicale a contribué à populariser un tournant de la droite américaine contre la démocratie et les valeurs conservatrices traditionnelles, tout en aidant à normaliser des vues racialistes autrefois absentes du conservatisme américain. C’est un exemple des nouvelles tendances importantes dans la pensée et l’activisme de l’extrême droite radicale.
La droite tech s’estime muselée par la gauche libérale. Elle considère que l’argent ne doit pas être dépensé pour réduire les inégalités, mais pour financer les progrès technologiques. Elle rejette la discrimination positive et la « diversité ». Un commentateur d’extrême droite, Richard Hanania, estime que : « bien qu’il y ait des différences avec le conservatisme américain, il n’y a aucune raison pour que les deux parties (conservateurs et droite tech) ne puissent travailler ensemble dans un avenir prévisible. La forme de notre politique et de notre culture dans les décennies à venir dépendra de la mesure dans laquelle ils le feront ».
Trouver un terrain d’entente
Le nouveau vice-président des États-Unis, J.D. Vance, ancien sénateur anti élite passé par l’université de Yale, est le visage de cette « nouvelle droite » qui tente de donner une orientation encore plus radicale (en matière de nationalisme, de politique anti-immigration, d’opposition à l’interventionnisme américain) à la révolution idéologique commencée par Trump. Cette ligne s’incarne dans le « Projet 2025 » rédigé par la Fondation Héritage, très puissant cercle de réflexion de la droite conservatrice.
The Héritage fondation, leadership for América
Dans un débat sur « la tech et la république américaine », Kevin Roberts, le président de Héritage s’interrogeait : « Comment le conservatisme et la technologie peuvent-ils trouver un terrain d’entente pour stimuler l’innovation tout en protégeant la liberté d’expression, les libertés individuelles et l’autogouvernance ? ». Il y précisait que « les conservateurs et les (gens de la tech) ne doivent pas seulement collaborer, ils sont en réalité des esprits frères » et l’IA représente « un des plus grands espoirs pour protéger la souveraineté de l’être humain ».
La droite tech a son « CAO national » !
Après l’élection du 5 novembre, les félicitations de l’élite technologique à Trump sont arrivées promptement. Elon Musk est remercié par une nomination à la tête de l’efficacité gouvernementale où il prévoit une coupe de deux billions de dollars. L’Amérique a le « CAO national » dont la droite tech rêvait.
Amazon, propriété de Jeff Bezos, et Meta propriété de Mark Zukerberg, ont annoncé donner chacune un million de dollars au fonds d’investiture de Donald Trump. Ces deux patrons de la tech étaient historiquement considérés comme des opposants au futur président. Ces donations témoignent de la volonté qu’ils ont de se rapprocher du président élu.
Comment résoudre la contradiction ?
Comment résoudre la contradiction d’une alliance entre le parti de la tradition qui tient le langage de la nostalgie d’une Amérique perdue (Make América Great Again) et qui défend un retour à une économie pré-New deal, protectionniste et isolationniste, avec une industrie aux intérêts supranationaux qui promet au monde les bouleversements les plus violents et les plus incertains ?
Restons attentif à ce qui risque de se passer aux USA et dans le monde après le mois de janvier 2025 !
Je vous transmets le message de l’association « POUR L’UKRAINE, POUR LEUR LIBERTÉ ET LA NOTRE ». Notre solidarité ne doit pas faiblir surtout maintenant.
C’est l’heure de l’Europe :
Ne trahissons pas l’Ukraine !
Appel à une mobilisation des citoyens européens
Rencontre et mobilisation Jeudi 5 décembre à 18h30 sur Zoom
Le 5 décembre à 18h30 rejoignez nous sur Zoom pour vous informer, débattre et agir en soutenant notre Appel à une mobilisation des citoyens européens (en pj). avec : ➡ Nicolas Tenzer, géopolitiste, enseignant à Sciences Po Paris, ➡ André Gattolin, universitaire, ancien sénateur ➡ Alexandre Melnik, professeur de géopolitique à l’ICN Business School. Quelle est la situation sur le front ?Pourquoi l’Europe doit-elle intervenir ?Avec quels moyens Peut-elle le faireUne coalition de pays volontaires pour protéger l’Ukraine est-elle souhaitable et possible ?Comment empêcher un nouveau Munich et agir en tant que citoyens Européens ? Rencontre animée par Melodie Combot, universitaire, Florence Hartmann, journaliste et essayiste, Pierre Raiman, historien, co-fondateur de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
L’Ukraine vit des heures angoissantes. L’armée russe, forte d’un budget militaire de 106 Md€ qu’elle veut porter à 135 Md€ en 2025, poursuit son invasion au prix de dizaines de milliers de morts et de la destruction systématique des infrastructures vitales de l’Ukraine : ses centrales énergétiques, ses hôpitaux, ses usines. Malgré la résistance héroïque des Ukrainiens, elle gagne du terrain grâce aux demi-mesures et aux retards de l’aide apportée par leurs alliés, qui se gardent bien de désigner la seule issue admissible de cette guerre : le retrait de la Russie dans ses frontières. Paralysés par le « chantage au nucléaire » de Vladimir Poutine, Joe Biden et les dirigeants occidentaux ont livré à contretemps des armements en quantité et de portée limitées, sans procurer à l’Ukraine les moyens de la victoire. Préoccupés avant tout par le souci de ne pas concourir à une « escalade », ils ont laissé le Kremlin franchir successivement toutes les étapes de la surenchère militaire, jusqu’à l’arrivée ces derniers jours de 10 000 soldats nord-coréens, couronnée par l’emploi de charges chimiques et d’un missile intercontinental. Tétanisés par les rodomontades de Donald Trump, les gouvernements européens se préparent-ils mezza-voce à accepter, avec un lâche soulagement, que la nouvelle administration américaine négocie un accord de cessez-le-feu au détriment de la volonté ukrainienne ? La trahison de l’Ukraine signerait l’arrêt de mort du projet européen : triomphant aujourd’hui, Poutine reprendrait dans deux, cinq ou sept ans ses guerres de conquête contre l’Ukraine, mais aussi la Géorgie, la Moldavie ou les Pays baltes. L’ensemble du continent glisserait vers l’abîme. Notre sécurité, nos libertés et nos valeurs sont directement menacées. Il faut donc agir, vite. L’OTAN est suspendue au bon vouloir de la Maison blanche. L’Union européenne se heurte à l’indécision et la pusillanimité de certains chefs d’État et de gouvernement et au double jeu du premier ministre hongrois Viktor Orban. C’est pourquoi nous en appelons à la prompte mise en place d’une coalition des États européens volontaires ─ qu’ils soient ou non membres de l’UE (comme le Royaume-Uni et la Norvège). Cette coalition pourrait très rapidement s’accorder sur un ensemble de mesures :
Assurer le financement de l’armement nécessaire, réclamé par Kyiv, en confisquant et transférant à l’Ukraine les 200 Md€ d’avoirs de la Banque centrale de Russie actuellement bloqués en Europe. Compte tenu de l’ampleur des besoins du pays ruiné par la guerre d’agression (évalués par la Banque mondiale à 483 Md$ au 1er janvier 2024), non seulement le droit international le permet, mais l’urgence le justifie. Cela raffermirait aussi la souveraineté collective européenne sur la scène internationale.
2. Protéger le ciel et la frontière Nord de l’Ukraine :
En autorisant les Ukrainiens à frapper en Russie, avec les armes que nous leur procurons, les sites militaires d’où partent les attaques de Moscou ;
En fournissant une quantité significative de batteries et de vecteurs anti-aériens, afin d’arrêter la destruction des infrastructures civiles ;
En neutralisant avec le concours de nos forces aériennes et antiaériennes, depuis l’espace européen, les missiles et drones à moyenne et longue portée lancés contre les villes ukrainiennes ;
En envoyant un contingent, formé par la coalition des pays volontaires, pour protéger la frontière de l’Ukraine avec le Bélarus, afin de permettre aux troupes ukrainiennes immobilisées sur ces positions de rejoindre le front. Cette intervention défensive serait la meilleure réponse à l’implication aux côtés des forces russes de troupes du régime totalitaire de Kim Jong-un et le signe de notre détermination, susceptible de dissuader Poutine d’aller plus loin.
3. Refuser tout accord de paix qui ne prenne pas en compte :
la dimension humaine (et pas seulement territoriale) de l’invasion russe : aucun Ukrainien ne doit être retenu contre son gré en Russie. Le retour en Ukraine des populations déportées par l’armée russe, dont des dizaines de milliers d’enfants kidnappés, n’est pas négociable ;
la sécurité de l’Ukraine : lui imposer le statut d’État démilitarisé ou neutre la mettrait en danger, alors qu’elle a, au contraire, vocation à entrer dans l’OTAN, seule garantie à long terme de l’inviolabilité de son territoire. Quoi qu’en dise la propagande du Kremlin, aucune de ces mesures n’implique d’entrer en guerre avec la Russie. Leur coût est limité. Elles sont vitales pour un pays qui défend sa liberté et protège les nôtres.
Premiers signataires : Sylvie Rollet, présidente de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre Pierre Raiman, historien, co-fondateur de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre Galia Ackerman, historienne, rédactrice en chef de « Desk Russie » Julien Bayou, avocat, ancien député André Gattolin, universitaire, ancien sénateur Emmanuel Wallon, professeur émérite de sociologie politique à l’université Paris-X.
Pour signer cet appel
Envoyez vos signatures à appelpourlukraine@gmail.comavec vos prénoms, noms et fonctions ou titres.
Dès l’annonce de l’échec de la liste Renaissance aux élections européennes du début juin 2024, le Président de la république annonce la dissolution de l’assemblée nationale. Il décide ainsi de donner la parole au peuple dans la perspective de provoquer une clarification de la situation. Il convoque les élections législatives dans un délai très court avec un deuxième tour le 7 juillet alors que l’extrême droite réalise une poussée notable.
La gauche émiettée réussit en quatre jours à reconstruire son unité en créant le Nouveau Front Populaire (NFP) avec un contrat de législature basé sur un programme économique et social assez développé. Le parti « Les Républicains » explosent avec le ralliement au Rassemblement national (RN) de son président partisan de l’Union des droites. Le parti du Président (Renaissance) se prononce pour le non aux extrêmes de droite comme de gauche. La campagne est courte et très tendue.
Une poussée inquiétante de l’extrême droite
A l’issue du premier tour le RN est en tête avec le plus grand nombre d’élus mais voit se constituer un front républicain sans condition à gauche et avec quelques hésitations chez Ensemble pour la république ( EPR – le nouveau nom de Renaissance) où l’aile droite maintient le « ni-ni ».
Au soir du 7 juillet le rêve de la majorité absolue pour le RN s’effondre. Le désistement de la gauche et d’EPR pour faire barrage au RN relègue ce dernier en troisième position avec un NFP en première position sans atteindre la majorité absolue. EPR s’en tire bien en arrivant à être le deuxième groupe de l’assemblée.
Une assemblée nationale sans majorité
Au sein de l’assemblée nationale, le NFP, le RN et EPR, sont les groupes les plus importants mais aucun n’atteint la majorité absolue nécessaire pour gouverner. La logique institutionnelle aurait dû amener le Président de la république à nommer un premier ministre issu du NFP quitte à ce que celui-ci constitue un gouvernement minoritaire.
Mais le Président de la république a profité de l’organisation des Jeux Olympiques à Paris pour laisser passer le temps. Il permet que se constitue une minorité plus nombreuse alliant EPR et Les Républicains. Le nouveau premier ministre, issu de LR, constitue son gouvernement minoritaire à l’Assemblée avec la neutralité bienveillante du RN qui impose certaines conditions et le tient comme la corde tient le pendu.
Un déni démocratique
En résumé, le président a voulu sortir son camp d’une minorité à l’assemblée et provoquer une clarification de la situation. Le résultat des élections marque un désaveu de la politique menée par le gouvernement sortant. Le président nomme un nouveau gouvernement avec une minorité encore plus faible que la précédente regroupant les perdants des élections législatives, un déni démocratique.
Une situation financière alarmante
La situation financière s’avère encore plus catastrophique que celle annoncée précédemment et oblige le gouvernement à préparer un budget de crise. Le nouveau premier ministre s’efforce de changer de méthode mais sur le fond pas grand-chose de nouveau. Au niveau économique les ministres concernés sont issus des défenseurs de la politique précédente. IIs veulent continuer la politique néolibérale poursuivie depuis plusieurs années, qui a été rejetée massivement et qui nous a mené dans le mur.
La dette publique s’élève à plus de 3000 milliards d’euros. Après un déficit de 5,5% du PIB (Produit Intérieur Brut) en 2023, la tendance actuelle prévoit 6% cette année et encore plus l’an prochain.
Plus de justice fiscale ?
Certes le premier ministre annonce qu’il faut plus de justice fiscale et veut abandonner le dogme du « pas de nouveaux impôts » soutenu par le président. C’est d’ailleurs une obligation car ce qui est à l’origine de ce déficit, de l’avis de nombreux économistes, c’est le manque de recettes. La croissance qui devait résulter de la politique de l’offre c’est-à-dire, pour aller vite, de l’allègement des charges des entreprises n’est pas au rendez-vous.
Les économistes de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) estiment que la croissance française serait divisée par deux en 2025 si le budget déposé par le gouvernement Barnier était adopté en l’état.
Changer de politique
Changer de politique pour répondre aux besoins des français est le seul moyen d’éviter de nous retrouver dans une impasse dans quelques mois. Le NFP défend une autre stratégie budgétaire et propose de lever de nouvelles recettes. Grâce à ces mesures fiscales, la France serait en mesure de réduire le déficit tout en augmentant immédiatement les investissements dans les services publics et les secteurs d’avenir.
La philosophie est très différente de celle du gouvernement Barnier, qui est centrée sur la simple réduction du déficit, au prix d’effets récessifs significatifs c’est-à-dire réduire la croissance de moitié. Le programme du Nouveau Front populaire propose une stratégie budgétaire qui augmente les dépenses publiques, stimule l’activité économique et permet de dégager des recettes supplémentaires.
A l’Assemblée nationale les différents partis du NFP montrent leur convergence de vue dans le domaine économique et social. L’unité affichée lors du débat budgétaire ne doit pas nous faire oublier que sur l’international, les institutions ou le régalien les positions ne sont pas alignées.
Trouver la voie de l’Union
En France l’histoire nous montre que la gauche a toujours été diverse. Les partis de gauche n’ont pu accéder au pouvoir que lorsqu’ils ont trouvé la voie de l’union. C’est pourquoi les électeurs de gauche, quelque soit leur sensibilité, poussent leurs représentants à faire l’union. Les points d’accord sont bien plus importants que les points de divergence. Chacun doit avoir le souci de respecter ses partenaires et leurs différences.
Au-delà de la guérilla parlementaire qui se déroule à propos du budget 2025, où la Gauche a pu montrer son unité, il faut que chaque composante de la gauche ait en tête l’avenir et recherche les compromis indispensables pour élaborer une politique de long terme qui lierait réforme économique, réforme de l’État et réforme écologique.
Répondre aux défis de ce premier quart de siècle
Ce projet politique doit répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés en ce premier quart de XXIème siècle.
Le défi économique et social avec la mise en place d’une alternative au néolibéralisme et la baisse des inégalités.
Le défi climatique avec la lutte contre le réchauffement de la planète et le recul de la biodiversité.
Le défi technologique avec la confrontation de l’humanité au progrès technologique.
Le défi politique avec l’affrontement larvé entre les États Unis et la Chine pour la domination du monde et l’agression de l’Ukraine par la Russie qui veut reconstituer l’empire russe.
Le défi démocratique en rejetant la verticalité du pouvoir et en favorisant une plus grande participation des citoyens.
Ce sont les réponses à ces défis et les grands choix sociétaux à faire qui détermineront avec un minimum de cohérence les mesures qui devront être prises par les gouvernants sous le contrôle des citoyens. C’est en sollicitant les citoyens sur ces grands choix que l’on pourra revivifier notre système démocratique et les faire se prononcer sur ce qui influencera vraiment leur vie à venir.
Élaborer un projet politique de long terme et répondre à ces défis sont les conditions pour que la gauche redevienne un parti de gouvernement de transformation démocratique et sociale.
Après des élections européennes, une dissolution de l’Assemblée Nationale, des élections législatives et deux mois de réflexion et d’hésitation nous voilà nantis d’un gouvernement. Mais nous pouvons légitimement nous interroger sur la politique qu’il va pouvoir mener.
Qui perd gagne !
Le résultat des élections européennes de juin 2024 est sans appel. Il marque un désaveu de la politique menée par le Président de la république et son gouvernement. Suscitant l’effroi de ses partisans, le Président a décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale pour provoquer une « clarification de la situation » avec l’espoir sans doute de sortir son camp de la majorité relative à l’assemblée. Le résultat est pire que mieux ! Nous nous retrouvons avec une majorité relative encore moins importante que la précédente puisqu’aucun des groupes politiques importants, le Nouveau Front Populaire (NFP), le groupe Ensemble Pour la République (EPR), l’extrême droite, ne dispose d’une majorité suffisante pour gouverner.
Un gouvernement minoritaire
Le président de la république, contrairement à la pratique constitutionnelle a refusé de nommer un premier ministre issu du NFP, groupe arrivé en tête, au prétexte qu’il sera l’objet d’une motion de censure à la première occasion comme annoncé par les autres groupes. Après avoir imposé une longue période de réflexion, il charge un nouveau premier ministre de mettre en place un gouvernement composé des perdants de la période électorale c’est-à-dire « Ensemble pour la République » et « Les Républicains ». A l’assemblée Nationale les élus susceptibles de soutenir ce gouvernement sont environ 230, donc loin d’atteindre la majorité qui nécessite 289 députés. Ce nouveau gouvernement dirigé par un homme issu des rangs « Les Républicains » est composé en majorité des soutiens du Président. Il est minoritaire mais bénéficie, pour l’immédiat, d’une neutralité de l’extrême droite qui ne souhaite pas le censurer tout de suite.
Une situation financière préoccupante
Mais un gouvernement pour faire quelle politique ? La sempiternelle rengaine de la dette publique est chantée sur tous les tons par tous les tenants du néolibéralisme, amplifiés par les médias. Il faut vite préparer les esprits à la mise en œuvre de l’austérité ! Il ne s’agit pas de nier l’évidence, la dette publique de plus de 3000 milliards est préoccupante mais ceux qui le crie le plus fort sont ceux qui l’ont généré pendant de nombreuses années. Les dernières données fournies par Bercy sont inquiétantes. Après un déficit de 5,5% du PIB en 2023, la tendance actuelle prévoit 5,6% cette année et 6,2% l’an prochain. Mais y-a-il trop de dépenses publiques en France ?
Le défi du déficit public
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la France a consacré pour ses dépenses publiques l’équivalent de 58,3% de son produit intérieur brut, assez loin devant l’Italie (56,7%), la Belgique (53,5%), l’Allemagne (52,5%) ou encore le Danemark (44,9%). Pour la droite c’est un triste record qui rend indispensable la mise au régime la puissance publique. Ce diagnostic mérite d’être pris avec précautions. En effet le ratio « dépenses publiques /produit intérieur brut » présente des défauts. Il suffit d’une baisse radicale du PIB pour faire grimper le ratio. De plus il fait dire à certains que l’État accapare plus de la moitié des richesses crées ce qui est factuellement faux. En fait l’État prélève 53,5% des richesses en 2022 et redistribue 58,3% sous forme directe en prestations sociales ou sous forme indirecte en services. C’est l’écart entre les deux qui représente le déficit public. L’utilisation de ce chiffre laisse penser que l’État dépense trop. En fait ces dépenses se partagent entre l’administration centrale, la sécurité sociale et les collectivités locales. C’est la protection sociale qui pèse le plus lourd. Enfin ce ratio compare des périmètres très variés. Par exemple les retraites en France sont très largement socialisées alors que dans d’autres pays elles sont davantage privées. Et ce n’est qu’un exemple, il y en a bien d’autres notamment dans le domaine social. Comparer des pays aux fonctionnements très différents c’est comparer des pommes et des poires.
Réduire les dépenses et/ou augmenter les recettes
En 2023 la France a bouclé son budget avec un déficit de 154 milliards d’euros. L’État en a été le principal responsable loin devant les collectivités locales. La sécurité sociale était en excédent. Donc pour réduire le déficit il faut tailler dans les dépenses publiques et /ou augmenter les recettes. Le déficit de 154 milliards d’euros représente la moitié du montant des retraites versé chaque année, c’est presque deux fois le budget de l’Éducation nationale, et presque quatre fois celui de la transition écologique. Il est toujours possible de gratter quelques milliards sur les chômeurs ou les futurs retraités comme cela a été fait ces dernières années, mais on voit bien que les besoins économiques et sociaux sont tels qu’il est illusoire de penser que la France peut retrouver une situation équilibrée budgétairement sans augmenter les recettes.
Des baisses d’impôts coûteuses
Sur la période 2017-2023, il y a eu d’importantes baisses d’impôts dont l’accumulation commence à coûter cher. Selon la Cour des comptes le manque à gagner annuel est de 62 milliards. Qui a bénéficié de ces cadeaux fiscaux ?
Les entreprises, au nom de la compétitivité, ont été particulièrement bien servies. Les impôts de production ont été réduits via différentes mesures. Ce sont principalement les grandes entreprises qui ont profité de ces réductions dont elles n’avaient pas forcément besoin. La facture est de 11,8 milliards d’euros par an. Le taux d’imposition sur les sociétés est passé de 33,3% en 2017 à 25% en 2022. Le manque à gagner annuel pour l’État est de 11,1 milliards d’euros. Selon l’Institut des politiques publiques (IPP) ces mesures ont profité aux entreprises de taille intermédiaire et aux grandes entreprises indépendamment de l’amélioration de leur productivité car le niveau de fiscalité n’est pas le déterminant principal de la compétitivité des entreprises.
Les ménages ont aussi bénéficié de baisses d’impôts. En 2018 un prélèvement forfaitaire unique, flat taxe, de 30% sur les revenus financiers a remplacé un barème progressif. Les très riches sont moins taxés qu’avant. L’impôt sur la fortune a été remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière, 3 milliards de manque à gagner. L’Institut des politiques publiques révèle que le niveau de vie du top O,1% de la population a augmenté de 2,1% du fait de la suppression de l’ISF et de 3,8% du fait de l’instauration de la flat taxe. La suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales a profité là aussi aux français les plus aisés. L’impôt sur le revenu a été allégé en milieu de barème après la crise des gilets jaunes. Cela a permis une hausse du revenu disponible de 50% des ménages les plus aisés.
Dans l’ensemble, ce sont les entreprises, les classes moyennes et les plus riches qui ont profité des mesures fiscales mises en œuvre ces dernières années. Les choix budgétaires de ces dernières années ont rendu les impôts de plus en plus injustes.
Il faudrait plus de justice fiscale
L’impôt sur le revenu, l’impôt sur la fortune immobilière et les droits de mutation sont des impôts progressifs. Ils sont en principe plus justes puisque le prélèvement s’accroit avec le revenu. A eux trois ils représentent moins de 10% du montant récolté par l’ensemble des prélèvements obligatoires. De plus ils sont grignotés par de nombreuses niches fiscales.
Les cotisations sociales, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la contribution sociale généralisée (CSG) sont des prélèvements proportionnels et pèsent bien plus lourd que l’impôt sur le revenu. Les cotisations sociales sont légèrement progressives sur les bas salaires et dégressives sur les plus hauts salaires. La TVA pèse proportionnellement davantage sur les revenus des ménages les moins favorisés puisqu’une plus large part de leurs revenus sont consommés. La CSG créée en 1990 pour financer la protection sociale est devenue l’un des principaux impôts en France aujourd’hui. Entre 2017 et 2023 les sommes récoltées par la TVA ont augmenté de 26%, celles de la CSG de 49%, celles de l’impôt sur le revenu de 21% alors que celles de l’impôt sur la fortune ont chuté de 55%. Globalement les impôts contribuent à augmenter les inégalités même si par ailleurs ils servent à financer les services publics et la protection sociale. Les recettes laissent à désirer mais les dépenses changent la donne. 500 milliards d’euros nets par an transitent via la redistribution, des ménages contributeurs nets vers les ménages bénéficiaires nets par le biais des prestations sociales, des retraites ou de l’accès aux services publics.
La protection sociale, responsable du déficit ?
Entre 2017 et 2023 le déficit s’est dégradé de 2,1 points de produit intérieur brut (PIB). Or les recettes de prélèvements obligatoires ont baissé d’à peu près autant sur la même période. Ce qui est dû en partie à des baisse de taux de prélèvement et en partie à des recettes plus faibles qu’attendu en raison de la conjoncture. Les prestations sociales et autres transferts ont, eux, diminué de 0,7 point de PIB, ce qui a contribué à réduire le déficit public.
Ce qui est à l’origine du creusement du déficit c’est la franche diminution des recettes fiscales depuis 2017. La stratégie du dernier gouvernement a consisté à baisser les prélèvements obligatoires, ce qui vide les caisses, en espérant, en retour, de la croissance, ce qui est censé remplir les caisses, et compléter cette politique par une baisse des dépenses publiques afin d’atteindre l’équilibre. Mais le résultat espéré n’est pas là. Le gouvernement sortant a créé les conditions d’apparition d’un déficit et dramatise pour pousser un agenda de réformes qui visent à baisser les dépenses publiques et voir la politique sociale comme une source d’économie pour redresser les finances publiques.
Reste maintenant à savoir ce que va faire le nouveau gouvernement !