
Le mandat du 45ème président des E.U. n’avait déjà pas été triste. Chacun s’était dit quatre ans à souffrir, puis les choses reprendront leur place. Mais voilà que le même personnage revient pour un deuxième mandat cinq ans après. Fort d’une majorité plus confortable que pour son premier mandat et d’une expérience du pouvoir, le 47ème président du pays le plus puissant du monde n’a pas fini de nous étonner, de nous exaspérer et de nous révolter. Est-il totalement fou, est-il néo-nazi, va-t-il bouleverser l’ordre du monde, a-t-il une stratégie cohérente ?
Est-il totalement fou ?
Dans un article de la revue en ligne « Le Grand Continent » daté du 16 janvier 2026, Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, biographe de jacques Lacan et de Sigmund Freud, est interrogée sur le pouvoir délirant de la Maison-Blanche.

Dans une mise en scène grotesque le président de la plus grande puissance économique et militaire du monde s’est fait remettre par la titulaire du prix Nobel de la Paix la médaille du Nobel qu’il convoitait et qu’elle a reçue quelques jours auparavent. Selon Elisabeth Roudinesco, il ne joue pas, il ne plaisante pas, il vit réellement la scène. Ce président aime les médailles, le clinquant, les fausses dorures. Il ne craint pas le ridicule. Il se rêve en faiseur de paix alors qu’il est un brutal faiseur de guerre qui a « échappé par terreur » au service militaire. Selon la psychanalyste « là est son délire visible : un délire des grandeurs fondé sur le culte de son ego. » Elle poursuit son analyse en précisant que « l’infantile, chez lui, fonctionne comme un dispositif de séduction : il désarme, il abaisse le niveau, il transforme la violence politique en spectacle. (….) Il est mal élevé, n’a aucune limite symbolique, il insulte tout le monde, dit des inepties, ment de façon éhontée, fait des plaisanteries grossières, déraille ou s’agite et ne comprend pas la moindre métaphore. Dans son comportement psychique, tout est réduit à une réalité simpliste. »

C’est sans doute ce comportement qui pousse certains à se demander si ce président n’est pas totalement fou. Et surtout, au-delà du diagnostic des pathologies d’un homme, Elisabeth Roudinesco se demande comment le système politique entier accepte de se plier à un délire narcissique sans limites.

Peut-on le rapprocher de l’ordre nazi ?
Dans un autre article de la même revue daté du 1er février 2026 c’est Johann Chapoutot, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris IV-Sorbonne, qui est questionné sur le caractère nazi ou fasciste du Trumpisme.

Il constate que « certains acteurs du Mouvement MAGA, « Make América Great Again », faire que l’Amérique redevienne grande, revendiquent une filiation explicite avec le nazisme, dans leur langage, leur rhétorique, leur phraséologie, voire leur apparence. (….) Pour une partie de l’extrême droite américaine contemporaine, le Troisième Reich est valorisé, admiré, perçu comme un modèle. Ce n’est pas une simple ignorance historique, mais une adhésion partielle ou totale à l’imaginaire que les nazis ont su construire autour d’eux. (….) Des figures comme Elon Musk ou Steve Bannon ont fait des saluts nazis, tenu des propos ou relayé des symboles directement issus de cette culture politique. »

N’oublions pas que les Américains ne sont entrés en guerre qu’en 1941, après Pearl Harbor et que, pendant cette période, de nombreux chefs d’industrie étaient tentés par une collaboration économique et industrielle avec l’État nazi. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale les États-Unis sont un des pays où les néo-nazis sont les plus visibles, notamment grâce à la liberté d’expression.
Il veut bouleverser l’ordre du monde
Fort de sa confortable élection, il n’hésite pas, en interne, à mettre en cause l’État de droit, expulser massivement les émigrés au mépris de toute règle humanitaire, organiser des camps de rétention, menacer tous ceux qui se sont opposés à lui, à pousser ses soutiens à modifier à leur avantage les règles électorales.

Au niveau international il impose des droits de douane exorbitants, modifie unilatéralement les règles de la diplomatie. Il pratique l’humiliation de ses interlocuteurs, méprise le droit international, change son système d’alliance, se propose d’annexer des territoires et se propose d’imposer la paix par la force. Il manifeste plus d’intérêts pour les régimes autoritaires que pour les démocraties libérales qu’il considère comme faibles, inefficaces et en déclin.

La dernière publication de la stratégie de sécurité nationale par la maison blanche prédit à l’Europe un effacement civilisationnel qui sera provoquée par la chute de la natalité, la perte des identités nationales, la répression des oppositions politiques, la censure de la liberté d’expression, l’asphyxie régulatoire, la désindustrialisation et l’immigration.

La Cour suprême des États-Unis vient de décider d’annuler une grande partie des droits de douanes imposés par la Maison blanche. Peut-être est-ce le signe que l’État de droit existe encore dans ce pays ?
A-t-il une stratégie cohérente ?
Certains pensent que son incohérence n’est qu’apparente et qu’en fait, il sait très bien où il va. Au-delà d’un comportement erratique, sur le long terme sa ligne est parfaitement définie. Son slogan de campagne, « Make América Great Again », indique sa priorité. Il faut lire l’Amérique blanche non souillée doit retrouver sa grandeur. Les immigrés dehors !

Les autres pays, y compris les alliés, ont profité de l’Amérique, il faut récupérer ce qui a été volé. Il faut réaffirmer la grandeur et la force de l’Amérique en imposant sa volonté tout en laissant croire au refus d’un interventionnisme comme gendarme du monde. L’armée américaine est la plus forte numériquement et technologiquement, elle doit suffire par sa présence sur tout le globe à imposer la volonté du président américain.

Il opte pour le bilatéralisme de préférence au multilatéralisme en méprisant les règles de droit internationales après avoir contribué à l’impuissance de l’Organisation des nations Unies. Sa diplomatie se réduit à faire des arrangements de marché (« deal »).

L’Amérique Trumpiste tente de coordonner une internationale néo-réactionnaire en affirmant son soutien à l’extrême droite européenne. Le 6 février, le Financial Times confirmait que le département d’État s’apprête à financer des groupes de réflexion alignés sur le mouvement MAGA à travers l’Europe, afin de diffuser les positions politiques de Washington et de contester les menaces perçues à la liberté d’expression (cité dans le journal Le Monde du 21 février 2026).
Conclusion provisoire

Le président américain est le centre de gravité de courants différents et parfois contradictoires ou complémentaires : maga, bigs tech, néo-conservateurs, fondation Héritage, suprémacistes blancs, Lumières sombres …. Pourra-t-il continuer à surmonter les contradictions jusqu’à la fin de son mandat entre la nostalgie d’une Amérique perdue, protectionniste et isolationniste, avec une industrie aux intérêts supranationaux qui promet au monde des bouleversements violents et incertains ?